CHAPITRE XVII
L'Assemblée dooae audience à M. Gaulde, député de M. l'archevêque de Rouen, pour soumettre à son jugement la connaissance du différend entre les curés de sa ville et le Père Brisacier. M. l'évêque d'Orléana interdit le l'ère Grasset, jésuite*. Ce jésuite écrit contre cette sentence.
La jonction des curés de Paris avec ceux de Rouen contre la morale des Jésuites était une affaire si considérable qu'elle réveilla à la fin la vigilance des prélats. Ce fut ce qui obligea M. l'archevêque de Narbonne de rapporter à l'Assemblée générale que M. Gaulde, docteur de Sorbonne et grandvicaire de M. l'archevêque de Rouen, l'étant venu voir, lui avait rendu une lettre de sa part, par laquelle il le priait de lui procurer une audience dans leur compagnie, et qu'il venait d'èlre averti qu'il était dans le cloître,
M. Poncet l'ayant fait entrer, il rendit à l'Assemblée une lettre de créance de M. de Rouen, et après que M. l'abbé de Villars en eut fait la lecture, il dit que l'affaire dont il avait à entretenir l'Assemblée de la part de Monseigneur de Rouen n'avait été dans son origine qu'entre deux particuliers, qui étaient !e curé de Saint-Maclou et le Père Brisacier, recteur des Jésuites de Rouen. Que le premier, se sentant obligé par le devoir de sa charge d'instruire le peuple et de prêcher particulièrement contre les maximes d'une théologie morale enseignée et débitée par plusieurs réguliers et autres, lesquelles causaient un grand relâchement de mœurs et un entier anéantissement des maximes de l'Evangile, et qui portaient les âmes au libertinage, le Père Brisacier crut que lui et tous ceux de sa compagnie avaient été maltraités dans les sermons de ce curé de Saint-Maclou, ce qui les avait obligés de présenter une requête à M. l'archevêque do Rouen pour lui en demander réparation, lequel avait ordonné qu'elle serait communiquée à son promoteur général pour, ses conclusions vues, y être pourvu ainsi que de raison ; que ce promoteur ayant vu la requête du Père Brisacier, comme elle contenait une prière faite à M. l'archevêque
l. Il y a ici quelques mots illisibles au ms.Ou croit deviner : auteur d'une prédicalion séditieuse.
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de Rouen d'empêcher que certaines lettres qui traitaient de quelques questions morales ne fussent ni lues ni imprimées dans son diocèse; quant à ce chef, il l'avait envoyée à ce prélat, comme lui appartenant de juger de la doctrine; et quant à la réparation demandée par le Père Brisacier, la chose avait été renvoyée à l'officialité.
Que le sieur curé de Saint-Maclou ayant eu communication de la requête présentée par le Père Brisacier, il en avait présenté une autre à M. l'archevêque de Rouen, signée par près de trente curés, tant de la ville que des environs, par laquelle ils demandaient qu'il lui plût enjoindre au Père Brisacier de faire réparation à M. le curé de Saint- Maclou des injures atroces contenues dans sa requête, de désavouer et de désapprouver par écrit et de vive voix toutes ces questions de théologie morale, et de déclarer s'il entendait soutenir les propositions contre lesquelles ce curé avait prêché.
Que, par ce qu'il avait représenté à l'Assemblée, elle pouvait juger combien il lui était important d'empêcher ces sortes de divisions, lesquelles étaient capables de faire naître un schisme; et d'interposer son autorité afin que ces nouvelles opinions n'eussent plus de cours, et empêcher par ce moyen la perte des âmes que Dieu avait commises aux soins des pasteurs de son Église.
Que M. l'archevêque de Rouen priait l'Assemblée de prendre une délibération telle qu'elle jugerait convenable pour arrêter le cours de ces nouvelles opinions et donner la paix à son église, ou de lui donner conseil de ce qu'il devait faire, avec protestation de recevoir les ordres de la compagnie et de les exécuter fidèlement.
Après que M. Gaulde eut encore proposé une autre affaire qui regardait le temporel, M. de Narbonne lui répondit que l'Assemblée avait appris avec déplaisir la contestation qui était dans le diocèse de Rouen; qu'elle contribuerait de tout son possible pour y rétablir la paix, et qu'elle [lui] était fort obligée de la déférence qu'il avait eue pour la compagnie, laquelle aussi ne manquerait pas de lui donner dans toutes les occasions des marques de son estime et de son affection. On nomma ensuite des commissaires pour l'examen de ces pièces, et cette affaire eut des suites d'une grande importance que nous rapporterons en leur lieu.
Rouen n'était pas le seul théâtre de l'inquiétude des Jésuites; ils donnèrent encore dans le cours de ce même mois de septembre une ample matière d'exercer le zèle de Messire Alphonse d'Elbène, évêque d'Orléans, par la prédication que le Père François Grasset*, jésuite, avait faite dans la chapelle de leur collège,, le jour de la naissance de la sainte Vierge. Car pour rendre inutiles de très savants et très pieux ecclésiastiques de la ville d'Orléans qui travaillaient avec édification à la conduite des âmes et leur distribuaient le pain céleste de l'Évangile^ il leur imposa malicieusement qu'ils soutenaient ces propositions hérétiques et impies : que les commandements de Dieu sont impossibles ; que jamais on ne résiste à la grâce intérieure ; que J.-C. n'est pas mort four tous les hommes^ et autres semblables, condamnées par le pape Innocent X.
M. l'évoque d'Orléans, voyant les mauvaises suites de ces discours faux et calomnieux qui tendaient à faire concevoir un soupçon très injurieux et très injuste delà foi de quelques ecclésiastiques, et [à] les rendre inutiles dans leurs fonctions et dans leurs charges, après qu'il lui avait suffisamment paru qu'il n'y avait point à Orléans d'ecclésiastiques, ni séculiers ni réguliers, qui tinssent les propositions qu'il leur avait faussement attribuées, il déclara par un mandement public la prédication par lui faite le jour précédent remplie de propositions fausses, injurieuses, calomnieuses, tendantes à troubler la paix du diocèse, et à émouvoir à sédition, lui interdit la chaire en son diocèse, avec défense à tous les diocésains d'assister à aucune de ses prédications, à peine d'être coupables devant Dieu d'une désobéissance très griève et mortelle dont il se réservait le pouvoir de les absoudre. Mais en ordonnant la publication de son mandement par trois dimanches consécutifs, il y joignit la lecture de la Constitution du pape Innocent X, voulant qu'elle fût faite tout de nouveau.
Comme l'orgueil des Jésuites est indomptable, ce prélat apprit vers la fin du même mois que les Jésuites faisaient imprimer à Rouen un libelle contre son mandement, et que l'imprimeur en ayant été saisi à la requête du procureur du roi au bailliage de Rouen, avait dit qu'il imprimait cet écrit