CHAPITRE XIX
Audience donnée à M. le curé de Saint-Roch par l'Assemblée du clergé. H justifle la jonction des curés de Paris avec ceux de Rouen.
Le mardi 10 octobre, M. de Narbonne, présidant à l'assemblée, dit que MM. les curés de Paris lui étaient venus demander audience, et elle leur fut accordée pour le vendredi ; mais le clergé se plaignit hautement de ce que les curés donnaient avis à tous les autres curés du royaume de tout ce qui s'était passé en l'affaire de leurs confrères de Rouen, parce qu'ils demandaient leur jonction par une espèce de lettre circulaire.
M. l'évêque de Meaux et M. Le Moine, pour la province de Paris, insistèrent fortement sur cet avis, disant que c'était l'effet d'une cabale et d'une entreprise sur l'autorité des évoques, et qu'il était à propos de la réprimer, M. de Meaux déclara qu'il avait résolu de faire censurer cet avis dans son diocèse, et d'empêcher qu'il ne fût reçu par aucun de ses curés, parce que les curés de Paris n'avaient point de droit de s'assembler, et ne faisant nul corps dans l'Église ne pouvaient légitimement avoir des syndics, ni écrire.
comme ils faisaient, des lettres circulaires. Mais plusieurs prélats se déclarèrent pour les curés, et remontrèrent qu'il y avait plus de cent ans qu'ils étaient en possession de s'assembler, par la permission et sousl'autorilé de leur évéque, et que l'on ne pouvait leur faire un crime de l'avis qu'ils avaient donné aux autres curés des provinces, puisque c'était une marque du zèle qu'ils avaient pour empêcher que les fidèles ne fussent empoisonnés par les maximes d'une dcjcirine pernicieuse.
On avait même prévenu M. le cardinal Mazarin sur cette affaire des curés, et il avait fait dire à M. Rousse, curé de Saint-Roch, qu'il s'abstînt de venir à l'Assemblée. Mais ce docteur lui ayant fait représenter par Mme la comtesse de Fleix* sa paroissienne, que l'affaire pour laquelle il était commis ne regardait que la conduite des âmes et ne concernait nullement l'État, Son Éminenoe lui laissa la liberté de faire en cela ce qu'il jugerait à propos.
Ce même jour, mardi lOoctobre, Messieurs de l'Assemblée du clergé députèrent vers M. le cardinal Mazarin, pour l'aller saluer et pour lui rendre compte sommairementdece qu'ils avaient fait en son absence. Son Éminence prit celte Occasion pour leur faire de grandes plaintes contre M. le cardinal de Retz, exagérant sa mauvaise conduite et les crimes qu'il l'accusait d'avoir commis contre le roi et contre l'état. Son discours dura près d'une heure, et il le prononça avec tant de passion et de chaleur que sa voix se changea, et sur la fin il dit des choses dont il aurait pu s'abstenir s'il n'eût pas été si échauffé. Il leur déclara qu'il irait à l'Assemblée au premier jour, pour lui faire savoir les intentions de Sa Majesté sur cette affaire.
Le vendredi 13 du même mois, MM. les curés de Saint- Roch et des Saints Innocents étant entrés dans l'Assemblée, M, l'archevêque de Narbonne qui y présidait leur dit que la compagnie ayant su qu'ils avaient écrit une lettre circulaire à tous les curés, tant du diocèse de Paris que des autres diocèses, pour demander leur jonction afin de poursuivre la censure de certaine morale, elle avait trouvé fort étrange que les curés de Paris prétendissent faire un corps séparé de
i. Marie Claire de BauCfremont (1618-1680), fille de la marquise de Sénecey, mariée en 1637 à Gaston de Foix, comte de Fleix