LIVRE XV
deraient à M. le curé de Saint-Roch un extrait de ce qu'il avait dit à la compagnie, contenant les soumissions qu'il avait faites, et ce qu'il avait dit, que les curés de Paris ne s'assemblaient qu'avec la permission de Mg"" l'archevêque de Paris, en présence de ses officiers lorsqu'il leur plaisait d'y assister, et avec une dépendance entière pour toutes les choses qu'ils traitaient dans leurs assemblées ; lequel extrait étant signé de lui et du curé des Saints-Innocents en qualité de syndics, il serait écrit une lettre circulaire à tous messeigneurs les évêques, et délibéré sur les termes dans lesquels il était à propos qu'elle fût conçue.
Et que, quant à la requête qu'ils avaient dit avoir intention de présenter à l'Assemblée, il avait été résolu qu'elle serait reçue lorsqu'elle serait présentée avec la participation de M. le curé de Saint-Séverin, vicaire général de M. le cardinal de Retz.
Ainsi toute l'opposition de M. Le Moine ne servit qu'à faire voir la mauvaise disposition de son cœur, qui était d'autant plus honteuse à sa réputation qu'il témoignait si mal à propos contre ses anciens confrères, ayant été longtemps curé de sainte Magdeleine de Paris ; mais il oubliait toutes choses pour favoriser les Jésuites, ses confédérés, et c'était aussi par ce motif qu'il s'intriguait pour faire recevoir par l'Assemblée la censure de la Faculté contre M, Arnauld. Car on ne se contentait pas de ce qui avait été inséré en peu de mots et comme en passant dans la grande relation du 2' jour de septembre ; on avait même su par des personnes dignes de foi que M. Morel s'était vanté, le 6 du même mois d'octobre, qu'il avait assisté à un conseil qui s'était tenu chez M. le chancelier, que l'on ferait ce que l'on pourrait pour insérer cette censure dans le procès-verbal, afin qu'elle passât pour une chose confirmée par le clergé ; que M. de Toulouse, qui était le maître du procès-verbal, serait prié de faire ce coup là, et prendrait son temps pour faire le rapport de ce qui restait à confirmer.
On sut aussi que M. de Montauban, ayant été prié par quelqu'un de ses amis d'accommoder cette affaire, avait répondu que l'Assemblée, étant sage comme elle était, devait s'y prendre de façon qu'il fallait que ce docteur et tous ses amis souscrivissent la censure de sa seconde III 12
lettre avant que l'on parlât d'aucun accommodement. Mais il ne fallait pas s'étonner que M. Le Moine fût si peu favorable aux curés de Paris, ses anciens confrères, puisque MM. Amyot, Colombel, Ghapelas et quelques autres de leur cabale tâchaient d'empêcher la jonction de ces pasteurs avec ceux de Rouen, et excitèrent un grand bruit dans leur assemblée, lorsque M. de Saint- Roch y fit le rapport de ce qu'il avait fait dans celle du clergé. Tel était le renversement des esprits, et depuis que les partisans de Molina s'étaient attachés aux Jésuites par la conformité de leurs sentiments ou par la correspondance de leurs intérêts, il ne fallait plus attendre d'eux ni équité ni modération.