LIVRE XVI
susceptibles, afin d'exciter plus facilement quelque tempête contre moi, et trouver les moyens de faire insulte à des ecclésiastiques que j'estime parce qu'ils le méritent, qu'ils m'assistent dans les plus importantes fonctions de mon ministère, et qu'ils travaillent utilement pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes, ce qui pourtant leur a causé de l'envie. Celui qui parle de paix est le plus animé à la guerre, dans laquelle il trouve son compte; elle l'a rendu maître absolu de sa compagnie ; elle lui a donné le moyen et la liberté de demeurer à Paris tant qu'il lui plaît; elle est bien selon son esprit, qui est plein de feu, tout brûlant et tout ardent d'un zèle rempli de beaucoup d'amertume. Néanmoins tout cela ne m'empêchera pas d'écouter des propositions d'accommodement, et de remettre tous mes intérêts entre les mains de mes amis pour que mes parties s'y portent de la bonne sorte. Mais que l'on ne me pense pas porter à la paix l'épée à la main, par une rude guerre; il n'est pas de nos différends comme des guerres des princes, dans lesquelles on arme plus puissamment et l'on cherche de plus grands combats lorsqu'on veut obliger ses ennemis à faire la paix. Dans nos diff"érends, pour parvenir à une bonne réconciliation, il faut commencer par une conduite douce, tranquille et pacifique, faire cesser tous actes d'hostilités, ne plus faire de cabales ni d'intrigues pour faire du mal à des personnes innocentes par des voies indirectes quand on voit qu'on ne les peut pas persécuter directement. Il faut agir sans emportement, avec douceur, avec franchise, avec civilité et avec respect; et lorsqu'on sera dans ces termes, je ferai ce que vous m'ordonnerez. » ■ M. l'évêque de Beauvais avait trop de lumières pour ne pas voir que ces propositions de paix n'étaient qu'un vain amusement, et que le doyen de son église, qui le persécutait depuis tant d'années, ne consentirait jamais à se priver du malheureux avantage qu'il avait de faire persécuter son évêque par ses propres confrères, qui étaient obligés par leur caractère d'être plutôt ses protecteurs dans une cause toute hiérarchiqueoù l'autorité épiscopale était visiblementviolée. Mais c'était quelque chose de gagner un peu de temps dans une si grande oppression, et comme on parlait tous les jours de la fin de l'Assemblée, il y avait quelque espérance de voir un peu ralentir ce feu si elle pouvait se dissiper.
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Néanmoins Dieu voulait exercer sa patience jusqu'à la fin, et il réservait la conclusion de cette affaire à une occasion plus favorable^ après l'avoir encore fait passer plus d'onze ans entiers par des épreuves beaucoup plus rudes et plus humiliantes que tout ce qu'il avait souffert jusqu'à ce tempslà.