CHAPITRE VI
Accommodement de l'affaire du Père Brisacier, jésuite, etde M. Dufour, abbé d'Aulney et curé de Saint-Maclou, et des autres curés de Rouen, par sentence de M. de Harlay leur archevêque.
Ce fut dans ce même temps, et sur la fin du même mois de janvier, que M. l'archevêque de Rouen termina le différend du Père Brisacier, jésuite, et des curés de sa ville, qui
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avait fail un si grand éclat dans le monde dès l'année précédente, et qu'il avait voulu déférer lui-même par le sieur Gaulde, l'un de ses grands-vicaires, à l'Assemblée du clergé de France, ainsi que nous avons rapporté.
Ce jésuite avait présenté, vers la fin de l'année 1656, une requête fort insolente et pleine de faussetés et de calomnies à ce prélat, qui paraissait alors avoir d'assez bonnes dispositions pour la cause de l'Église, mais qui n'a jamais perdu de vue ses intérêts, et qui a toujours assujetti les occurrences touchant les questions de la doctrine, en quelque temps qu'il ait vécu depuis qu'il a commencé à porter le portefeuille dans les écoles de Sorbonne. Le Père Brisacier entreprenait dans cette requête de se plaindre de ce qu'on attribuait à leur compagnie, ou ce qu'elle ne soutenait pas, ou ce qui était enseigné dans toutes les universités catholiques et dans toutes les communautés religieuses de l'Église. 11 se défendait des accusations de leurs sentiments touchant la morale, en prétendant que ceux qui les en chargeaient ne méritaient pas d'être reçus en cette qualité, parce que c'étaient des personnes rebelles à l'Église et aux constitutions des papes. Il entreprenait d'accuser de faussetés, d'erreurs et de calomnies les Lettres provinciales, et concluait ainsi sa requête :
« A ces causes, Monseigneur, pour remédier au mal que les Lettres de Port Royal apportent à votre diocèse, et pour en arrêter le cours, il plaira à Votre Grandeur de déclarer les dites lettres périlleuses dans la foi et dans les mœurs; soit parce qu'elles renversent et soutiennent les propositions déjà condamnées par Innocent X et par tous les prélats de France, soit parce qu'elles proposent la doctrine des bons auteurs d'un biais suspect, dangereux et ridicule ; [qu'elles sont] pleines d'impostures, d'injures et calomnies, scandaleuses et séditieuses; et de faire défense à qui que ce soit de les imprimer, de les débiter, de les lire, de les garder et d'y ajouter foi, sous telles peines que vous jugerez bon être. Et parce que le sieur Dufour^ curé de Saint-Maclou, a augmenté le même mal par ses sermons, et particulièrement par celui qu'il a fait par révolte contre votre défense spéciale, et que dans tous les deux il s'est rendu fauteur des dictes Lettres, et par conséquent des hérésies qui y sont contenues, et a renouvelé les mômes impostures, injures, 111 n
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calomniés, scandales, séditions qu'apportent au public les dites Lettres ; pour réparer les scandales donnés à l'Église et rétablir la réputation de notre compagnie, que le dit sieur curé a tâché et tâche tous les jours de noircir, et pour réprimer son audace à parler contre la charité qu'il nous doit, et contre l'obéissance qu'il est obligé de vous rendre; il vous plaira aussi d'ordonner, Monseigneur, que le dit sieur curé nous fera réparation d'honneur, qu'il subira dans sa personne les peines portées par les sacrés canons contre les rebelles ; et que défenses lui seront faites de ne jamais inquiéter ni molester en façon quelconque notre compagnie, ni de prêcher chose aucune qui puisse nuire à la paix commune, à l'édification du peuple et à la réputation de notre compagnie. Et vous ferez justice.
« Jean de Brisacier. »
M, l'archevêque de Rouen répondit sur cette requête : Soit communiqué à notre promoteur général, pour, ses conclusions vues, y être par nous pourvu ainsi que de raison. Donné à notre audience de notre château archiépiscopal de Gaillon ce 2"° jour du mois d'août 1656.
François, archevêque de Rouen.
Comme la requête contenait plusieurs cahiers, le promoteur aurait pu prendre un peu de temps pour s'en instruire et méditer à loisir ses conclusions sur une chose de cette importance ; mais il les donna ce jour-là même, et voici ce qu'elles portaient :
Le promoteur général de cet archevêché, ayant eu communication de la requête présentée à Monseigneur l'archevêque par le Père Jean Brisacier, recteur du collège archiépiscopal des Jésuites de Rouen, et de l'ordonnance au bas d'icelle de nous être communiquée, demande qu'au regard des lettres mentionnées en la dite requête, étant question d'un point de doctrine, qu'il plaise à Monseigneur s'en réserver la connaissance ainsi qu'il avisera bon être. El à l'égard du scandale prétendu commis par le sieur Dufour, curé de Saint-Maclou, trésorier en l'église cathédrale, que l'affaire soit renvoyée en l'officialité pour être instruite et être procédé ainsi que de raison.
Fait ce 2°'« jour d'août 1656.
De Hircour.