‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 185 sur 412 · LIVRE XVT · texte numérisé non relu

LIVRE XVT

6. Ceux qui se confessent à leurs curés en leurs maladies, et qui s'en font assister à l'extrémité, font une action louable.

7. Les curés qui conduisent les âmes par obligation ont droit d'être assistés de plus de grâces dans leur conduite que ceux qui les conduisent sans avoir mission.

8. On se peut confesser avec assurance aux réguliers privilégiés dûment approuvés des évoques dans les diocèses, en sorte que néanmoins, s'ils n'ont obtenu l'approbation, ils ne peuvent confesser ni licitement ni validement.

9. Il y a obligation de droit que les paroissiens assistent à la messe de paroisse les fêtes et les dimanches, au moins de trois dimanches l'un, s'ils ne s'en absentent pour cause honnête, et les évêques peuvent les y contraindre par censures ecclésiastiques, lorsqu'ils le jugent nécessaire.

10. Cette obligation de droit a été renouvelée parles conciles provinciaux tenus avant et après le concile de Trente, et publiée par l'ordre des évêques aux prônes que Ton fait tous les dimanches dans les paroisses, en sorte que l'on ne peut en France introduire une coutume contraire par prescription, qui est interrompue par la fréquence continuelle de ces actes publics.

11. Il y a aussi obligation d'entendre la parole de Dieu en sa paroisse, si on le peut commodément, sans que l'on soit excusé de ce devoir, encore que l'on soit bien instruit d'ailleurs des choses de son salut.

12. Défenses sont faites à toutes personnes ecclésiastiques, séculières et régulières, de prêcher, d'enseigner et de conseiller rien de contraire à tout ce qui est contenu aux articles précédents. »

Ce projet fut l'occasion d'une assemblée que les curés tinrent entre eux, le 29 du mois de janvier, pour délibérer de la prétention que les évêques avaient d'envoyer des délégués dans leurs paroisses sans exprimer dans leurs lettres la clause: cum consensu parocliorum. M. Rousse, curé de Saint-Roch et syndic des curés de Paris, avait pris de luimême quelques engagements avec ces prélats, et se promettant toutes choses de son grand crédit dans sa compagnie, il leur avait donné sa parole que la chose passerait parmi ses confrères selon l'intention du clergé, mais il fut obligé de reconnaître qu'il s'était un peu trop avancé, et au lieu

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qu'il s'était assuré, ou de ne trouver nulle résistance parmi ceux de son corps, ou du moins de faire passer la chose à la pluralité des suffrages, il fut surpris de se voir désavouer tout net par plus de trente de ses confrères, qui eurent assez de générosité pour prendre la résolution d'aller eux-mêmes soutenir leur droit devant l'Assemblée du clergé.

Ils y allèrent en effet le lendemain, 30 du même mois, et leur résistance y fut la cause d'un grand bruit, et formaune extrême contestation. Plusieurs évêques sortaient tumultuairement de leur place et venaient tourmenter les curés par canton pour les obliger de condescendre à ce qu'ils désiraient d'eux ; mais ils virent qu'ils avaient affaire à des personnes disposées à les repousser fortement et à leur soutenir qu'encore que les évêques, en vertu de leur juridiction, pussent connaître de leur vie, les punir et les déposer par acte juridique, et en ce cas, déléguer qui bon leur semblerait pour leur faire leur procès, ils n'avaient pas néanmoins l'autorité d'en user ainsi, pourvu qu'eux curés fissent leur devoir^ parce que la puissance que J.-C. leur avait donnée était pour édifier et non pour détruire : in sedificatonem et non in destructionem. Que les curés avaient pouvoir de faire leurs fonctions de droit divin, et que les évêques leur donnaient ce droit en les faisant prêtres; qu'après leur ordination, les évêques déterminaient les lieux et les personnes où ces prêtres, à qui ils venaient de conférer le sacerdoce, devaient exercer leur ministère et en faire les fonctions.

M. Fortin, proviseur du collège d'Harcourt et curé de Saint-Christophe, rapporta ces particularités à M. Baudry d'Asson', gentilhomme poitevin, qui portait le nom de M. de Saint-Gilles depuis qu'il s'était retiré à Port-Royal, et il ajouta qu'en son particulier il avait été fort pressé par trois évêques, savoir par M. de la Fayette', évêque de Limoges, et par MM. les évêques du Mans et de Rennes; mais que pour se défendre de leurs sollicitations, il s'était contenté de leur dire : « Messieurs, quand vous nous traiterez comme vos enfants, nous vous obéirons et vous honorerons comme nos

1. Antoine Baudry de Saint-Gilles d'Asson se retira en 1647 à Port- Royal, mais dut le quitter lors de la dispersion de 1662; il se retira alors à Paris où il mourut en 1668.

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