‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 189 sur 412 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

labre, en toutes lesquelles choses il tâche d'usurper les choses qui appartiennent à l'évêque seul dans son église.

11. De ce que le dit évêque conduisant le maire de la ville au lieu où il devait faire le serment, le doyen entreprit en l'année 1656 de marcher concurremment avec lui et à côté, au lieu de marcher derrière, suivant la coutume.

12. De ce que le dit doyen ne lui rapporte point les procès-, verbaux qu'il fait dans les visites qu'il fait des doyennés de Bray et de Montagne en qualité d'archidiacre de Beauvais. qui est un titre annexé au doyenné; qu'il ne comparaît pas au synode comme faisait son prédécesseur, et qu'il usurpe une juridiction ecclésiastique.

13. Que le chapitre empêche l'organiste de jouer l'orgue du Veni Creator qui se chante dans l'église avant l'oraison synodale.

14. Que le doyen est presque toujours absent sous prétexte d'une procuration que le chapitre lui a passée dès l'année 1653 pour poursuivre les appellations qu'il a interjetées des ordonnances faites touchant le mandement de l'an 1653.

15. Que le chapitre veut l'obliger de lui communiquer les lettres qui lui sont adressées afin de faire l'assemblée des ecclésiastiques de son diocèse pour députer à l'assemblée provinciale, et à l'eflfet de députer vers l'assemblée générale.

16. Qu'en toutes occasions le doyen et les chanoines décrient sa conduite et donnent protection à ceux qui lui sont opposés.

Ces griefs étaient assez considérables pour porter le sieur Chaillou et ses confrères, qui étaient alors à Paris, à écouter des propositions de paix. Mais ils n'en étaient pas susceptibles, et le temps leur était trop favorable pour ne pas continuer leur usurpation et exécuter leurs vengeances, ils méprisèrent donc l'entremise de M. l'évêque de Châlons, et pour pousser la chose aussi loin qu'elle pouvait aller, le lundi 28 février, ce doyen, accompagné de quelques-uns de ses chanoines, se présenta à l'Assemblée du clergé, où il, fut introduit par des personnes à qui l'amertume de son zèle n'était pas désagréable. Il remontra que les chanoines de Beauvais appelants comme d'abus persistaient toujours dans leur rébellion; qu'ils ne voulaient pas se soumettre aux décisions et aux décrets de l'Assemblée, et qu'il n'y avait pas d'apparence que M. l'évêque de Beauvais les y voulût obli-

286 MÉMOIRES DE GODEFROl HËRMANT

ger après les lettres qu'elle lui avait écrites et auxquelles il n'avait rien répondu. Il représenta que, sur l'exemple du chapitre de Beauvais, les autres églises formeraient leurs résolutions de ne pas signer, et mépriser par ce moyen les décrets et décisions du clergé.

Il ne fut pas malaisé à M. Chaillou d'obtenir de l'Assemblée l'effet de ses prétentions; car outre le dépit qu'elle avait de voir que cinq ou six chanoines de l'église de Beauvais fissent paraître une si grande fermeté par l'attachement qu'ils avaient à la vérité et à l'autorité de leur évêque dans un temps où tous les bénéfîciers du royaume préféraient la conservation de leurs bénéfices à toutes les autres considérations, le clergé de France venait d'être extraordinairement choqué d'un écrit latin, que l'auteur avait publié sous ce titre fort à contre temps : Fpistola theologi ad virum clarissinium, in gua rationes dat propter quas décréta illustrissimorum episcoporum in regia Lupara, congregatorum anno Domini 1 654, postea confirmato ab illustrissimis episcopis Parisiis in comitiis gênera libus congregatis anno Domini 1656^ subscribere nonpossit. Les évoques, qui se croyaient offensés par cet écrit, voulaient bien l'attribuer aux auteurs dont les ouvrages sur les matières de la pénitence, de la grâce et de la morale chrétienne étaient entre les mains de tout le monde; mais ils se trompaient en cela, et tâchaient de décharger leur ressentiment sur des personnes qui n'y avaient aucune part.

La remontrance de M. Chaillou les ayant trouvés dans cette préoccupation, l'Assemblée conclut qu'elle députerait vers le roi pour le supplier d'évoquer à son conseil d'en haut l'appel comme d'abus des chanoines de Beauvais, de faire des défenses au Parlement d'en connaître, et de supplier aussi Sa Majesté d'envoyer au Parlement une déclaration pour obliger tous les ecclésiastiques de son royaume de souscrire tout ce que l'Assemblée avait arrêté touchant les cinq propositions et la doctrine de Jansénius.

Page 1