‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 191 sur 412 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

Le Parlement n'est pas aussi sans intérêt dans l'évocation que ces messieurs veulent demander. Il y a aussi une autre chose à considérer: c'est que cette assemblée veut agir avec une autorité absolue et nous obliger à une obéissance aveugle à toutes ses résolutions, ce que les autres n'ont jamais prétendu, et ce qui ne s'est jamais fait. On ne le doit pas aussi souffrir, parce que, j'ai honte de le dire, les évoques sont les plus lâches et les plus abandonnés de tous les hommes, et la cour pourrait quelquefois se servir d'eux pour des choses qui seraient de très dangereuse conséquence.

Mais, Monsieur, sans y penser, j'abuse de votre patience; je fais comme les plaideurs qui ne se lassent jamais de parler de leur affaire quoiqu'ils ennuient tous les autres. Pardonnez, je vous prie, à mon emportement, excusez la longueur de ma lettre, et faites-moi la grâce de croire que si j'avais autant de moyen de vous témoigner de gratitude que j'en ai de passion, vous connaîtriez bientôt, par des effets, que je suis à toute épreuve et sans réserve,

Votre très humble et très affectionné serviteur, Nicolas, évéque et comte de Beauvais.

A Beauvais, le 4 mars 1657'.

On peut juger du caractère et de la générosité* de M. l'évéque de Beauvais par cette lettre, et reconnaître ce que ses amis ont souvent dit de lui, qu'il ressemblait au palmier, qui ne se relève jamais plus hautement que quand on emploie la force et la violence pour le courber. Cette négociation de M. l'archevêque de Toulouse et de M. le président de Novion fut interrompue pour quelque temps par des indispositions corporelles qui leur survinrent, et cette affaire générale de la signature s'envenima de plus en plus par des rencontres que nous serons obligés de rapporter incontinent.

Cependant le sieur Glausse, chanoine de Beauvais et solliciteur du chapitre, poursuivait avec chaleur l'évocation de cette instance au conseil d'en haut. M. de Montauban l'ayant trouvé dans cet emploi le huitième jour de mars, ne put

l. Hermaut a écrit par erreur 1677 (cela peut faire présumer qu'il écrivait cette partie de ses Mémoires eu cette anuée 1677).

292 MÉMOIRES Dli GODKFROl UËHMA^T

s'empêcher de lui en témoigner sa joie, l'appelant avec les plus passionnés de ses confrères MM. les orthodoxes de Beauvais. Mais M. de Marca lui témoigna que son indisposition l'avait empêché de s'appliquer à cette affaire, et lui donna le loisir de chercher de toutes parts des mémoires pour autoriser les statuts de son chapitre; ce qui ne lui réussit nullement.

Page 1