‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 192 sur 412 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Arrêt du Parlement d'Aix contre les Lettres Provinciales. Intrigues des Jésuites dans cette affaire.

Au commencement du mois de mars de la même année, les Jésuites se servirent de la voie de la Gazette pour publier par toute la France un arrêt du Parlement d'Aix contre les Lettres Provinciales, et regardèrent ce succès de leurs intrigues pendant plusieurs mois comme la matière d'un nouveau triomphe de leur glorieuse société. Cet article de la Gazette était conçu en ces mots :

« D'Aix en Provence, le 2 mars 1657,

« Le 21 du passé, sur la remontrance du procureur général du roi, le Parlement de cette province, voulant réprimer les dangereux écrits des jansénistes, a déclaré diffamatoires, calomnieuses et pernicieuses les dix -sept lettres publiées contre la Faculté de la Sorbonne, les Dominicains et les Jésuites; et en conséquence ordonné qu'elles seraient brûlées par l'exécuteur de la haute justice, sur le pilori de la place des Prêcheurs de cette ville. »

Ces bons Pères ayant eu une copie de cet arrêt, dont la nouvelle paraissait incroyable à tout le monde, eurent soin de le faire imprimer à Paris par Jean Hénault, libraire, qui était à eux. Et voici comment ce Parlement, dévoué à leurs intérêts par les prétentions secrètes de quelques-uns de ses principaux chefs, s'était avisé de l'exprimer.

Extrait des registres du Parlement.

Sur ce que le procureur général du roi a dit avoir été remis entre ses mains dix sept Lettres imprimées sans nom d'auteur ni d'imprimeur, remplies de calomnies, faussetés, suppositions et diffamations contre la Sorbonne, les Domi-

nicains et les Jésuites, pour les jeter dans le mépris, et avec scandale troubler la tranquillité publique; et qu'il a requis d'y être promptement pourvu en les condamnant comme des libelles diffamatoires à être brûlées par l'exécuteur delà haute justice, avec défenses à tous imprimeurs d'en vendre ni débiter, à peine de galère, à toutes personnes d'en avoir et tenir ; ains de les remettre au greffe pour être supprimées, et qu'il soit informé des contrevenants' à l'arrêt qui sera rendu sur sa plainte.

La Cour, après avoir ouï le rapport des commissaires qui ont vu et examiné les dites Lettres et vu icelles, lésa déclarées et déclare diffamatoires, calomnieuses et pernicieuses au public, et en conséquence ordonne qu'elles seront remises entre les mains de l'exécuteur de la haute justice, par lui brûlées sur le pilori de la place des Prêcheurs de cette ville d'Aix. A fait et fait inhibitions et défenses à tous imprimeurs de plus en mettre sous la presse, ni autres de semblable nature, et à tous marchands, libraires et autres, de quelque condition et qualité qu'ils soient, d'en tenir, vendre, ni débiter, à peine de punition corporelle. Leur enjoint de les remettre sans délai par devers le greffe, pour être supprimées, sous mêmes peines. Ordonne que des contraventions en sera informé par le premier juge royal ou huissier de la cour, pour, les informations rapportées, être procédé contre les coupables par la déclaration des peines susdites. Et afin que nul n'en prétende cause d'ignorance, sera le présent arrêt lu et publié à son de trompe par tous les lieux et carrefours de cette ville d'Aix.

Fait au Parlement de Provence séant à Aix, et publié à la barre, le 9 février 1657. GoUationné. Signé, Etienne.

Il avait fallu bien des machines pour remuer un aussi grand corps que l'était le Parlement d'Aix, et en tirer par une longue suite de cabales et d'intrigues un arrêt d'une structure si peu espritée*, et qui fut stérile en ce qu'il n'en produisit aucun autre de même espèce dans tout le reste du royaume. Mais ceux qui en avaient été surpris d'abord cessèrent de l'être en quelque façon quand ils apprirent le tour que l'on avait pris dans cette affaire. Car dès le mois de

Page 1