Ma. espérée
décembre précédent, les Jésuites et ceux de la ville d'Aix qui étaient dans leurs intérêts, ne pouvant souffrir le succès des Lettres Provinciales dont chaque période était plus funeste à leur réputation que des volumes entiers ne l'avaient été jusqu'à ce temps là, employèrent tout ce qu'ils avaient de crédit et d'industrie pour en obtenir la condamnation. S'étant adressés inutilement à M. le cardinal Grimaldi, archevêque d'Aix, ils sollicitèrent ensuite M. Duchateuil, avocat général de ce Parlement, pour en faire la réquisition, et quoiqu'il y résistât d'abord, ils lui rendirent de si fréquentes visites qu'il se laissa enfin aller à leurs importunités. Mais ayant voulu s'éclairer du fond de l'affaire par la lecture d'Escobar et des autres casuistes de la société qu'il alla consulter avec les autres commissaires de la cour dans la bibliothèque de ces Pères, il ne parlait pas moins que de faire brûler un livre aussi pernicieux que l'était ce théologien espagnol.
Les Jésuites, qui soutenaient hautement sa doctrine à Paris^ à Rouen et en plusieurs autres villes du royaume, changèrent de batterie dans la ville d'Aix, et désavouèrent hautement ce livre comme une pièce qui leur avait été supposée par leurs ennemis, et imprimée à Genève dans le dessein de les rendre odieux à toute la France. Ils lâchèrent de soutenir cette prétendue supposition en produisant une proposition de l'assassinat des tyrans qui était contenue dans ce livre, quoique par leurs constitutions en France il leur fût absolument défendu d'en parler ni directement ni indirectement, et ils représentèrent qu'il était impossible que cette pensée fût venue dans l'esprit d'aucun de leurs Pères après le malheur qui leur était arrivé. Ils produisirent même un exemplaire d'Escobar de l'an 1644 qu'ils prétendaient être le véritable, où ces propositions n'étaient point, et firent passer leur désaveu et leurs plaintes par la bouche d'une infinité de leurs émissaires, qui soutinrent la même chose dans toutes les conversations, quoiqu'on les convainquît du contraire par des raisons incontestables.
Enfin M. Duchateuil ayant été prié par M. le premier président du Parlement d'Aix d'en faire la réquisition, il la fit le jour suivant dans la chambre, et la délibération dura deux heures, afin d'ôter à l'auteur de" ces lettres l'occasion de dire qu'ils eussent agi avec précipitation. Mais il est cer-