‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 206 sur 412 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

sorte d'être traité d'hérétique. Car voici en termes clairs « et sans équivoque ce que nous disons : Si ces propositions sont dans Jansénius, on n'a qu'à nous les y montrer, et nous les y condamnerons de bonne foi. Que si elles n'y sont pas, pourquoi veut-on nous obliger à les y condamner? Et le pourrions-nous faire en conscience? On répond que le pape et les évéques déclarent qu'elles sont tirées de Jansénius ; sur quoi j'aurais plusieurs choses à dire; mais comme elles seraient trop longues et pourraient ennuyer Sa Majesté, je me contenterai d'une seule, à laquelle je ne vois nulle réplique : Quand le pape et les évéques l'auraient dit mille et mille fois, ce ne serait toujours qu'une seule chose défait. Or chacun demeure d'accord que les conciles généraux où le pape préside en personne peuvent se tromper dans les choses de fait; et ainsi ce ne peut-être un sujet de traiter d'hérétiques ceux qui auraient quelque doute sur ce point de fait, lorsqu'ils demeurent d'accord de tout ce qui est déterminé touchant la foi. Pourquoi donc aujourd'hui exciter un si grand trouble dans l'Église, et persécuter tant de véritables catholiques pour une simple question de fait, que je ne saurais trop répéter n'avoir jamais été et ne pouvoir être une matière d'hérésie. Mais pour faire connaître en peu de mots à Sa Majesté tout le nœud de cette affaire, c'est qu'il n'y a rien de plus opposé que son dessein et celui des Jésuites. Le dessein de Sa Majesté est d'employer son autorité contre des personnes qu'on lui fait croire être hérétiques, en quoi son intention est très louable ; et le dessein des Jésuites au contraire est de se venger de ces personnes en les faisant passer pour hérétiques, quoi qu'ils sachent en leur conscience que cela n'est pas; en quoi leur intention est détestable.

« Voilà au vrai l'état de l'affaire. Je laisse à Sa Majesté de considérer devant Dieu jusqu'à quel point c'est abuser de sa bonté, et quel crime c'est de l'animer comme l'on fait contre de très zélés catholiques et de très bons serviteurs du roi, sous ce faux prétexte d'hérésie. Et pour lui faire juger des sentiments des personnes qui n'ont pas l'honneur d'être connues d'elle par les miens qu'elle n'aura, je m'assure, nulle peine à croire être tels devant Dieu, je vas les déclarer ici devant elle ; je proteste que par la miséricorde de J.-C, je suis tellement enfant de l'Église catholique, apostolique

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et romaine, que je suis toujours prêt de donner ma vie avec joie pour la défense des vérités de foi qu'elle nous enseigne; et que reconnaissant le pape comme son chef visible sur la terre, rien n'est capable de me séparer de l'obéissance qui lui est due. Ainsi, je me soumets de tout mon cœur à sa bulle pour ce qui regarde la foi, en condamnant les cinq propositions condamnées. Mais quant à déclarer qu'elles sont de J ansénius et condamnées en son sens, comme ce n'est qu'un point de fait dont je ne suis pas persuadé, je ne puis le souscrire en conscience, et me contente, par la déférence que je dois à Sa Sainteté, de révérer ce qu'elle dit et de l'honorer dans un silence respectueux. Serais-je bien si malheureux après cela que de pouvoir passer pour hérétique dans l'esprit de Sa Majesté? moi qui regarde les hérétiques comme les ennemis déclarés de Dieu, ainsi que les sujets rebelles comme les ennemis déclarés du roi, et qui aimerais mieux mourir que de tomber dans l'un de ces crimes? C'est une chose ordinaire dans l'Église que de poursuivre avec une juste rigueur ceux qui contestent les points de la foi ; mais il n'y a jamais eu que les Jésuites qui se soient avisés de vouloir qu'on persécute de très bons catholiques pour un point de fait. 11 y aurait tant de choses à dire sur cela, qu'ayant déjà été assez long, quoique j'aie tâché d'être fort court, je suis obligé de les supprimer. Dieu ne permettra pas, s'il lui plaît, qu'un si grand malheur arrive sous le règne d'un prince qu'il lui a plu de donner aux vœux et aux prières de toute la France, et sous l'autorité d'une princesse dont la vertu et la piété, qui ont tant contribué à obtenir de lui cette faveur, ne sauraient reluire avec plus d'éclat qu'en protégeant l'innocence de tant de personnes si injustement calomniées. »

On peut regarder cette lettre de M. d'Andilly comme la première apologie de ceux dont on voulait rendre la foi suspecte, non par des erreurs effectives qui se remarquassent en leurs personnes, mais par la malice de leurs ennemis, qui n'avaient pas obtenu la nouvelle bulle par tant de sollicitations et par tant d'intrigues pour n'en pas tirer tout l'effet qu'ils pouvaient prétendre pour assouvir leurs passions sous un prétexte si spécieux. Ils commencèrent par engager le clergé à donner toute l'étendue possible à cette affaire, et à entreprendre de nouvelles

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