LIVRE XVI
choses dont ils ne craignaient nullement d'être désavoués à Rome.
CHAPITKE XX
Règlement de l'Assemblée du clergé pour l'exécutioD de la nouvelle bulle.
L'exécution de la bulle n'était que la seconde affaire que l'Assemblée avait à régler avant sa séparation afin de contenter la cour, qui n'avait pas été satisfaite d'un don de deux millions et voulait en avoir trois. Il est vrai que M. le cardinal Mazarin, par une libéralité de nouvelle espèce et qui ne lui coûtait pas beaucoup, avait offert cent mille écus de ses coffres afin d'achever cette somme de trois millions; mais on contesta longtemps si les frais de l'Assemblée, qui étaient fort grands, seraient comptés sur cette somme; et comme le clergé ne voulait pas aller si loin, M. l'archevêque de Narbonne, ainsi que l'on apprit alors de M. l'abbé de Ciron, sollicitait de porte en porte, en offrant aux particuliers des billets de gratification en argent, afin de leur faire donner le fonds de la subsistance de plusieurs ecclésiastiques des provinces.
Pendant ces délibérations, dont la matière était un peu plus solide que celle du prétendu jansénisme, le même M. de Narbonne rapporta à l'Assemblée, le 14' jour de mars, que M*"" le nonce était venu chez lui, et lui avait mis entre les mains une copie et l'original sous plomb d'une constitution de N. S. P. le pape Alexandre VII, confirmative de celle d'Innocent X, touchant la condamnation des cinq propositions tirées du livre de Jansénius. Sur quoi la compagnie pria Messeigneurs de Toulouse et de Montauban et MM. les abbés deBerthieret de Nesmondde voir la dite constitution, et d'en faire leur rapport le samedi suivant, auquel jour Messeigneurs les prélats de dehors seraient invités par MM. les agents de venir à l'Assemblée.
Les commissaires prirent ce temps pour concerter entre eux les articles qu'ils jugeraient nécessaires afin d'exécuter cette bulle; mais ils eurent peine d'en convenir, tant dans la substance des choses que dans la forme et l'expression. Nous marquerons ici ce qu'ils en ont inséré dans le procès-
320 MÉMOIRES Db: GODEFROI UERMÂNÏ
verbal de l'Assemblée, et les retranchements qu'ils firent dans leur projet.
Le samedi 17 mars, M. l'archevêque de Toulouse dit que, suivant la commission qui lui avait été donnée conjointement avec M. l'évêque de Montauban et MM. les abbés de Berthier et de Nesmond^ ils avaient considéré la constitution de N. S. P. le pape, et ensuite il déclara ce qu'elle contenait.
Dans le projet que ces commissaires en avaient dressé, ils avaient commencé par ce discours, qu'ils supprimèrent et dont les défenseurs de la doctrine de saint Augustin trouvèrent le moyen d'avoir communication dès ce temps là. Voici comment ces commissaires s'en expliquaient :
« Ils ont considéré la constitution de N. S. P. le pape Alexandre VII et ont déclaré fort exactement ce qu'elle contient, par laquelle Sa Sainteté témoigne au commencement que comme il est de son devoir de prendre soin de conserver l'intégrité des dogmes de la foi, elle a jugé à propos d'arrêter la témérité de ceux qui la troublent en violant avec des interprétations artificieuses l'autorité de la constitution faite par son prédécesseur Innocent X; encore que, comme il observe, les décisions apostoliques n'aient pas besoin d'être fortifiées par de nouveaux décrets, ce qui est fort certain non seulement à l'égard de toutes les constitutions, mais encore à l'égard de la matière dont celle-ci traite, qui est une matière de foi, laquelle, comme elle est immobile, ne peut être remise à aucun nouvel examen après qu'elle a été décidée, comme les anciens Pères ont remarqué écrivant pour le concile de Chalcédoine contre les Acéphales. Ce qui n'empêche pasquelespapesn'aientsouvent réitéré les anathèmes que leurs prédécesseurs avaient jetés sur les hérésies qu'ils avaient condamnées, tant pour réprimer l'audace des hérétiques par le renouvellement de la condamnation, que pour confirmer les fidèles et pour exciter le zèle des évêques, afin qu'ils travaillent à la conversion des errants ou au changement de leur opiniâtreté; et enfin pour témoigner leur communion en la vraie foi avec leurs prédécesseurs.
Ensuite de 'cet exorde, la constitution du pape Innocent X est insérée tout au long; ce qui a été fait pour témoigner que le pape est pleinement informé des choses dont il s'agit et qu'il les confirme, non-seulement en termes gêné-