‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 21 sur 412 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

quitter, et d'entrer dans l'état de ces âmes élevées qui éprouvent des joies et des charmes lorsqu'elles quittent les emplois de la conduite, parce qu'elles les ont considérés comme des croix et des supplices. Qu'il y aurait du péril de laisser ce loup dévorant et cruel faire carnage à sa discrétion dans la bergerie ; que si l'on pouvait il ne fallait pas qu'il jouît en paix des avantages et des productions de sa malignité. Qu'il ne les croyait pas en état d'y pouvoir travailler par leurs œuvres et par leurs paroles; qu'il leur demandait seulement leurs prières. Qu'il en écrirait à... qui conférerait de ce qu'il conviendrait de faire. Que rien dans son exil ne lui apportait une plus douce consolation que les nouvelles que ses amis lui avaient écrites de Paris, qui lui donnaient sujet de remercier Dieu de tout son cœur de la patience et de la foi courageuse de ces ecclésiastiques de sa communauté au milieu de leur persécution. Qu'ils les soutenaient sans perdre cœur : ut digni habeâmini, leur disait-il, regno Dei pro quo patimini; qu'ils en seraient bien récompensés dès ce monde, puisque ces gens leur procuraient une retraite glorieuse dans laquelle leur foi se confirmerait et leur charité s'augmenterait par la lecture et la méditation des livres saints qui nous remplissent l'esprit et le cœur, et nous dévoilent l'image et la présence de Dieu. Que l'état au contraire de leurs adversaires lui faisait peur, puisque la rigueur dont ils avaient usé envers eux était une image des vengeances horribles, selon l'Apôtre, que Dieu exercera contre les ennemis de sa vérité, étant raisonnable que ceux qui les font souffrir souffrent à leur tour, et que ces tourments seront infinis, éternels, accompagnés d'une rigueur brûlante et sans pitié. Qu'il les priait de lui faire la charité de lui écrire tous des lieux où ils seraient relégués, afin qu'il prît une part singulière à tous les événements de leur bannissement, et qu'il embrassât ces liens par l'esprit de la foi; qu'ils le verraient souvent à leurs pieds pour leur demander bénédiction, les faisant souvenir de ces paroles : Jesum Christum honorate. Que nous ne pouvions mieux [l'jhonorer qu'en tâchant de l'imiter dans les peines endurées pour le soutien de la vérité que son Père lui avait enseignée. Il finissait par ces paroles : Christo igitur in carne passa et vos eadem cogitatione armamini, quia qui passus .est incarne desiit a peccatis. »

24 MÉMOIRES DE GODEPROI BERMANT

Ces sentiments étaient grands; mais c'est peu de chose de les avoir eus si on n'y persiste jusqu'à la fin, et cette grâce n'est pas donnée à tout le monde*.

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