‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 23 sur 412 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

le jansénisme, quand bien même ils seraient de retour. M. le cardinal Mazarin leur dit qu'il y songerait, et la chose en demeura là, sans autre fruit que d'avoir reconnu de plus en plus par cet entretien combien l'affaire du jansénisme lui était utile pour toutes sortes d'occasions.

On ne doutait pas dans le monde que la dernière censure de Sorbonne ne dût être la ruine entière du monastère de Port- Royal. La publication qui s'en était faite pendant plusieurs jours dans les rues de Paris, jointe aux discours séditieux des Jésuites et de leurs émissaires contre les disciples de saint Augustin, était capable de soulever la populace contre ces religieuses, et la situation de leur monastère dans l'extrémité du faubourg Saint-Jacques leur donnait un si juste sujet d'appréhender les plus grandes violences que l'on peut regarder comme le premier miracle [que Dieu] fit pour elles en cette année la protection qu'il leur donna, les garantissant de la fureur d'une multitude ignorante et préoccupée par les artifices de leurs ennemis.

M. d'Andilly, qui dans sa retraite même avait toujours conservé une assez étroite liaison avec M. le cardinal Mazarin, crut devoir implorer sa protection pour garantir M. Arnauld, son frère, des violences qu'il craignait pour lui avec raison de la part des Jésuites. 11 le fît par une lettre fort respectueuse, mais assez forte, qu'il lui adressa de Port- Royal le 12 février de cette année. Cette Éminence, l'ayant reçue par les mains de M. Tévêque de Coutances, la lut avec attention et fît dire par ce même prélat à M. de Pomponne, fîls de M. d'Andilly, depuis devenu secrétaire d'État, quMl y avait des choses qu'il trouvait écrites avec trop de chaleur et qui semblaient être des menaces. Celui qui la lui avait adressée s'en éclaircit par un billet qu'il fit tenir au même M. de Coutances, et après que M. le cardinal Mazarin l'eut lu par ses soins, il en demeura très satisfait.

Cependant les menaces de la cour contre M. Arnauld et contre Port-Royal continuant toujours à se répandre dans le monde, M. d'Andilly se donna la liberté d'en écrire une fort grande lettre à la reine, datée du 2* jour de mars ; et Sa Majesté l'ayant lue avec beaucoup d'attention à l'instant qu'elle lui fut présentée, elle la montra à xM. le cardinal Mazarin.

Le 13 du même mois, ayant appris que les ennemis de

Port- Royal redoublaient tous leurs efforts pour allumer le feu de la persécution contre ce saint monastère et les personnes qui s'y étaient retirées, il écrivit un second billet à M. l'évéque de Coutances, mais qui ne produisit point de plus grands effets que les précédents; toutes les choses étant disposées pour bannir de ce désert les enfants que l'on y élevait dans l'éloignement de l'esprit du monde, et les personnes qui s'y étaient réfugiées. En effet, dans ce même temps-là, la reine fit mander à M. d'Andilly par M. de Bartillac *, trésorier général de sa maison, qu'ayant été résolu d'envoyer des commissaires à Port- Royal-des-Champs pour en faire sortir tous ceux qui s'y étaient retirés, l'affection dont elle l'honorait l'engageait à lui en donner avis. C'est ce qui lui fit écrire au même M. de Bartillac un billet fort touchant, daté du 15 du même mois, pour supplier Sa Majesté de ne pas souffrir qu'on le traitât comme un criminel en le bannissant d'un lieu oti il croyait n'avoir rien fait qui méritât qu'on l'enchâssât, et hors duquel tout autre lieu lui était aussi insupportable que la Bastille. Le 17, il écrivit encore un autre billet à M. de Bartillac pour prier Son Éminence d'empêcher que l'on n'envoyât à Port-Royal-des-Ghamps des ordres du roi, sur la parole positive qu'il lui donnait et à laquelle il aimait mieux mourir que de manquer, que l'on allait faire sortir toutes les personnes sans exception que l'on pourrait le moins du monde trouver à redire qui y fussent, demandant sept ou huit jours pour cela.

M. le cardinal Mazarin ayant lu ce billet et l'ayant montré à la reine. Sa Majesté trouva bon d'accorder à M. d'Andilly ce qu'il demandait, et M. l'évéque de Coutances alla dire de la part de Sa Majesté à M. Le Tellier de faire surseoir l'ordre que M. le lieutenant-civil avait reçu d'aller à Port-Royal-des Champs.

Le 18, il écrivit de la même chose à M^e la princesse de Guéméné, et le lendemain 19, il sollicita encore par un autre billet M^e la duchesse de Chevreuse de faire par sa recommandation envers la reine et M. le cardinal Mazarin qu'il y eût quelqu'exception pour sa personne. Il en écrivit

1. Etienne Jehannot de Bartillac, baron d'Huriei (1610-1701) trésorier général d'Anne d'Autriche dès 1639, devint conseiller et secrétaire du roi et garde du trésor royal.

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