‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 24 sur 412 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

un autre le même jour à M. l'évêque de Coutances pour lui rendre compte de l'exécution de sa parole, et l'engager tout de nouveau à lui obtenir la même grâce pour sa personne, savoir de pouvoir finir ses jours à Port-Royal.

Le 21, il s'adressa directement à cette Éminence pour lui demander encore une fois cette faveur par une lettre de douze lignes. Il y joignit un nouveau billetà M. de Coutances, par lequel il lui mandait entre autres choses, que n'étant venu à Port-Royal qu'avec la permission de la reine et celle de Son Éminence, il n'y avait rien fait qui obligeât à le traiter comme un criminel en l'en bannissant; et qu'en vérité ce serait un fort bel exemple de voir qu'après avoir consommé la plus grande partie de sa vie au service des rois avec une telle probité, puisqu'il était alors forcé de le dire, qu'au lieu de faire une ' fortune prodigieuse comme avaient fait tant d'autres et comme il aurait pu faire s'il l'eût voulu encore plus facilement qu'eux, il y avait employé de son bien propre, — on le chassât sur la fin de ses jours d'une maison toute sainte où sa mère était morte religieuse au milieu de douze de ses filles, dont son père avait été le restaurateur et elle la bienfaitrice ; et qui, d'inhabitable qu'elle était à cause du mauvais air, n'était devenue habitable que par la dépense qu'il y avait faite lui même. Il ajoutait que si on avait résolu de le sacrifier à la fureur des Jésuites, il valait beaucoup mieux pour les contenter encore davantage le mettre dans la Bastille ; que c'était aussi la seule grâce qu'il demandait en cas qu'on lui refusât celle de le laisser où il était. M. l'évêque de Coutances ayant montré cette lettre à M. le cardinal Mazarin, il la prit et la garda.

Cependant M™^ la duchesse de Chevreuse, rendant compte à M. d'Andilly de ce qu'elle avait négocié en sa faveur auprès de la reine, lui dit qu'en ayant parlé à Sa Majesté et à Son Éminence, Sa Majesté lui avait témoigné qu'elle avait pour lui une bonté toute particulière, mais qu'il allât à Pomponne pour un peu de temps. A quoi la reine avait ajouté qu'elle était obHgée d'avoir soin de lui, qu'elle le ferait de très bon cœur, et qu'elle se chargeait de lui faire savoir elle-même ce qu'il aurait à faire.

Le 24 du même mois, il en écrivit un remerciement à

28 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT

M«« de Chevreuse, en y mêlant de très justes plaintes de la manière dont on en usait avec lui, et sans sortir des bornes du respect, il en écrivit à la reine le même jour, en attendant les ordres de Sa Majesté,

Dans le temps même de cette [lettre*], M. le cardinal Mazarin lui en écrivait une en peu de lignes pour lui mander qu'il avait fait valoir sa soumission entière aux volontés de Sa Majesté, et lui promettant de faire réussir la chose dans la suite à son contentement. Il l'en remercia par une lettre du 30, qui fut très bien reçue de Son Éminence.

Cependant M. le lieutenant-civil, en exécution des ordres dfe la cour, avait visité Port-Royal-des-Champs, Saint-Jean-des- Trous, maison de M. de Bagnols, et le Chesnay, appartenant à M. de Bernières, où on élevait des enfants. On crut que cette visite, à en juger par son procès-verbal, n'était pas fort à craindre, et que l'éclat en avait été plus grand qu'elle ne ferait de mal. Mais on se flattait agréablement de cette pensée, car les enfants furent dissipés*; on écarta les personnes que l'amour de la retraite et de la pénitence avait amenées à Port-Royal, et on proposa même au conseil du roi de raser les bâtiments que l'on avait fait aux Granges, près de ce monastère. Cette violence fit gémir les gens de bien, en voyant une si grande fureur du démon contre cet établissement de piété qui était l'honneur de notre siècle. Mais ceux qui souffraient une si grande oppression se consolèrent par cette vue que Dieu en tirait sa gloire, et que rien n'arrivait à ses élus que pour leur sanctification. M, d'Andilly se retira quelque temps à Fresne, chez M. Du Plessis Guénégault, après avoir tenu plus ferme pour la défense de son désert que les plus braves gouverneurs ne peuvent faire pour conserver les places qui leur ont été confiées. Cet exil néanmoins ne fut pas de longue durée, et il parut par l'événement que la cour s'était contentée des marques de son respect et de son obéissance.

Le crédit de M™^ la duchesse de Chevreuse fit conserver M, le duc de Luynes, son fils, dans sa maison de Vaumurier, joignante à celle de Port-Royal-des-Champs, et M. le lieutenant-civil ne la comprit pas dans sa visite.

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