‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 230 sur 412 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

Mon très cher frère,

Je vous envoie les extraits que vous m'avez demandés, et quelques autres encore, qui m'ont paru vous pouvoir être utiles.

Le plus grand mal que nous puisse faire cette bulle est l'affaiblissement de nos amis. Puisque la vérité que nous soutenons est établie sur l'immobilité de la parole de Dieu, il faut pour nous ébranler que l'on commence par faire tomber le ciel ou abîmer la terre ; et après cela nous dirons : Cœlum et terra transibunt, verba autem mea non transibunt. Jusque là nous n'avons rien à craindre. Ce que les payens ont dit de leur sage par une vaine fanfaronnerie se peut dire véritablement du chrétien, qui est l'unique sage selon l'Évangile, et a bâti sa maison sur la pierre et non sur le sable :

Si fractus illabalur orbis, Impavidum ferient ruinfc '.

Voilà ce qu'on doit faire; mais il faut demander à Dieu qu'il nous rende assez humbles et assez forts pour le pouvoir faire, et nous aurons en cela autant de force que nous aurons de solide humilité. Nous recommanderons avec soin qu'on prie sans cesse, et nous vous offrirons à Dieu particulièrement puisque vous le voulez. Je me réjouis de l'état des Mères. Je salue M. Arnauld et suis tout à vous. »

Ce n'était pas sans sujet que M. de Sacy témoignait par cette lettre craindre l'affaiblissement de ses amis, car il y en avait quelques-uns qui tremblaient dans les provinces; et M. Duhamel qui était alors à Bellesme par un adoucissement d'exil, avait un grand empressement de savoir de M. Taignier, son ami, le sentiment des docteurs sur le sujet de la signature. Pour moi^ lui disait-il dans sa lettre du 26 mars sur le sujet de la nouvelle constitution, j'ai une grande inclination naturelle de la signer, pourvu que vous ne soyez pas scandalisé de moi. Mais au Père Taignier* on ne peut rien celer. Je ne puis souffrir d'être

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