‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 240 sur 412 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Négociation secrète de M. l'arctievêque de Rouen pour la paix de l'Église.

Messire François de Harlay, qui avait déjà fait plusieurs différentes figures dans cette affaire, et qui s'était parfaitement bien rétabli à la cour depuis sa grande brouillerie pour l'interdiction de M. Auvry ', évêque de Coutances, crut alors se pouvoir signaler entre les autres prélats de l'Église gallicane en se rendant négociateur de la paix entre les Jésuites et Port-Royal, et en moyennant un silence de part et d'autre. Celui qu'il choisit pour en traiter avec Port-Royal fut M. Du Gué de Bagnois, [homme] capable de toutes les grandes affaires ; et le moyen qui lui parut le plus favorable dans cette importante négociation, fut d'aller voir la plupart des communautés, comme celle de M. Vincent, de Saint-Sulpice, de l'Oratoire, de Saint- Nicolas-du-Chardonnet et de quelques religieux pour les disposer à cette union avec Port-Royal et avec les Jésuites, se tenant à l'égard des uns et des autres dans la paix et dans le silence, afin qu'ayant aplani ces voies, il s'en fit une autre pour traiter avec M. le cardinal Mazarin. Car il prétendait lui dire que la bulle étant reçue, il n'y aurait plus aucune dispute à l'avenir, et que tout le monde demeurerait dans la paix et dans le silence, pourvu qu'on ne demandât plus rien et qu'on ne parlât plus de signature.

Il ne bornait point là ses desseins, et il témoignait même à M. de Bagnois vouloir embrasser l'affaire de la Sorbonne en réunissant tous les docteurs, et faisant rentrer dans la Faculté ceux que Ton en avait exclus, ce qui paraissait encore plus difficile que le reste, MM. Cornet, Grandin et les autres n'étant pas traitables dans le temps de leur

1. Claude Auvry, évêque de Coutances en 1647, permuta avec M. de Lesseville, et devint abbé de Saint-Crespin. En 1633, il fut nommé trésorier de la Sainte Chapelle. Il mourut ca 1637.

victoire prétendue, et les défenseurs de la grâce n'étant nullement disposés à se relâcher en rien au-delà des bornes de la vérité.

Quoique cette négociation ne fit point alors un fort grand éclat, il en est néanmoins resté quelques billets écrits de part et d'autre, et qui nous apprennent les plus importantes particularités de ce qui se passait alors.

Le 25 de ce mois, c'est-à-dire le jour même que M. de, Montauban faisait dans l'Assemblée la lecture de la lettre circulaire que nous venons de rapporter et qui fut arrachée du procès-verbal après son impression, M. de Bagnols écrivit à M. l'archevêque de Rouen le billet suivant :

« Vous voulez bien, Monseigneur, que pour ne vous importuner point de mes visites, je me serve de cette voie pour vous donner les avis que je recevrai et pour traiter l'importante affaire dont vous avez eu la bonté de vous vouloir charger dans tout le secret qu'elle mérite. J'ai su que lundi MM. de Toulouse et de Montauban firent une nouvelle tentative de faire passer au Parlement une autre déclaration que le premier de ces prélats avait faite, dans laquelle il croyait avoir évité toutes les difficultés qui avaient fait rebuter celle que M. le chancelier avait composée. Mais par la grâce de Dieu elle n'a pas été traitée plus favorablement que la première. Je vous demande pour cela le même secret que j'ai promis à ceux qui m'ont donné cet avis.

« Je fus hier chez M. de Ciron ; j'y trouvai M. le prince de Conti, et comme il était seul et qu'il affectionne la vérité, et que je savais qu'ilavaitouï parler des dispositions favorables dans lesquelles vous étiez, et l'entretien que vous aviez eu avec M. le cardinal, je ne fis point de difficulté de faire à M. de Ciron, en présence de Son Altesse, les ouvertures dont vous m'aviez chargé. M. le prince de Conti les approuva fort, et avoua que personne du monde n'était plus capable que vous de les faire réussir; il obligea même M. de Ciron, qui à cause de la déférence qu'il a avec sujet pour les sentiments de M. d'Alet, s'arrêtait sèchement à la signature, de vous suivre en tout et partout.

« Permettez-moi, Monseigneur, que je vous dise que pour faire réussir la proposition que vous avez faite, je trouve deux choses fort nécessaires : la première est de faire

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