‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 258 sur 412 · LIVRE XVIT · texte numérisé non relu

LIVRE XVIT

6* Parce qu'il en avait parlé continuellement à Rome avec les cardinaux et les théologiens qui y prenaient part et qui s'intéressaient en ces sortes de questions;

7° Parce qu'il avait fait écrire par un théologien fort estimé les fondements des opinions des prétendus jansénistes, et parce qu'il avait fait faire la réponse aux mêmes écrits par le Père abbé Hilarion, afin d'éclaircir toutes les difficultés qui troublaient le repos de l'Église.

8' Parce qu'il avait continué à faire écrire sur cela par le même Père Hilarion, et par un des principaux de ceux qu'on traitait de jansénistes qui étaient à Rome, entre lesquels il s'était passé plusieurs réponses et répliques sur ces matières, et particulièrement le dernier écrit que M. Arnauld lui avait envoyé de France, lequel obligea le Père Hilarion de lui dire qu'il avait fait un abrégé de cet écrit, qu'il l'avait présenté au pape, qu'il avait assuré Sa Sainteté que c'était là le sentiment de M. Arnauld et de ceux que l'on nommait jansénistes, et qu'il n'aurait nulle difficulté de signer cet écrit comme ne contenant rien qije d'orthodoxe ; mais que la peste qui arriva peu après à Rome avait empêché l'exécution de ce dessein.

Que cela étant, M. le nonce ne devait pas s'étonner s'il lui en parlait quelquefois, parce que les connaissances qu'il en avait lui faisant juger que l'on pourrait voir un jour à cette occasion de grandes révolutions dans l'Église, il se sentait obligé de lui en dire son avis avec toute liberté afin d'y apporter un prompt remède.

Il lui représentait que ces théologiens que l'on voulait pousser à bout sous le nom de jansénistes étaient fort considérés, non-seulement par la quantité et la qualité des personnes, mais aussi par leur doctrine et par leurs mœurs exemplaires; que le pape même lui avait dit un jour que pour ce qui était des mœurs, il était assuré qu'ils vivaient tous avec édification; que Sa Sainteté estimait M. Arnauld un homme de grand esprit et de grand savoir, et avait lu en sa présence, de lui qui parlait, la moitié d'une grande lettre que ce docteur de Sorbonne lui avait écrite à lui M. Brunetli, et la retint auprès de soi; qu'il avait écrit, lui M. Brunelti, au pape une grande lettre sur cette affaire en lui représentant le danger dans lequel l'Église se trouvait, la soumission que ceux que l'on voulait accabler témoignaient

de vive voix et par écrit envers le Saint Siège, et les persécutions que les Jésuites exerçaient contre eux; que plusieurs disaient que c'était un malheur de la religion et de notre siècle, que des personnes de si grande intégrité qu'étaient ces théologiens fussent persécutés ainsi pendant que leurs adversaires étaient protégés de toutes les puissances séculières et ecclésiastiques, sans pouvoir savoir la cause qui avait attiré sur les disciples de saint Augustin de si grandes persécutions; que la cause de tous les reproches d'impiété, d'hérésie et de blasphème dont on noircissait leur réputation était qu'ils n'avaient pas voulu avouer que les cinq propositions condamnées fussent dans le livre de Jansénius; qu'il suppliait M. le nonce de considérer le grand scandale que c'était; qu'il n'y avait eu que ce seul prétexte pour exciter une si étrange persécution, quoique ne s'agissant en tout cela que d'un simple fait, la chose ne regardait ni la foi ni l'hérésie ; que ces théologiens n'avoueraient jamais que ces propositions fussent dans Jansénius, à moins que l'on ne leur citât le lieu et la page où elles se trouvent, et qu'on ne leur expliquât quel est ce sens de Jansénius dans ces propositions condamnées ; que le R. P. Hilarion ayant été d'avis que dans la condamnation que l'on ferait des cinq propositions, on devait expliquer le sens auquel on les condamnerait, M. le cardinal Spada, qui était un des quatre de la congrégation, lui fit dire qu'il n'était pas nécessaire qu'il s'y trouvât davantage. Que le même Père Hilarion avait dit dans sa chambre à M. le cardinal François Barberin et à lui, que ce que le pape Innocent X n'avait pas expliqué, dans sa bulle, Alexandre VII, son successeur, l'aurait expliqué, et que ce que celui-ci aurait encore laissé sans explication, un autre pape serait contraint de l'expliquer après lui, étant impossible, disait-il, de voir la fin de ces différends à moins que d'expliquer ce sens de Jansénius spécialement et individuellement; que le véritable moyen de terminer cette contestation serait de définir par une bulle quel est ce sens de Jansénius; qu'il suppliait M. le nonce de faire réflexion sur ce qu'il allait entreprendre en voulant présenter au roi un bref que l'on disait qu'il avait apporté de Rome, dans lequel le pape priait Sa Majesté d'employer son autorité pour faire exécuter tout ce que l'Assemblée générale du clergé avait résolu contre ces théo-

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