LIVRE XVII
logiens pour les obliger à cette créance du fait par la peine de la privation de leurs charges et de leurs biens; que puisqu'il avait présenté une bulle à l'Assemblée du clergé, il fallait que dans la lettre circulaire qui l'accompagnait, il n'y eût pas autre chose que ce que la bulle contenait, et qu'il prit bien garde de parler de souscriptions, parce que ce dessein ne pouvait pas s'exécuter sans de grandes difficultés; qu'il y avait beaucoup de différence entre publier une bulle, la faire attacher aux portes et aux carrefours, et la faire souscrire; que l'on pouvait prétendre deux choses de ces théologiens, savoir : croire et demeurer dans le respect sur la détermination faite touchant le sens de Jansénius; que croire le dogme regardait la foi, et qu'en cela ils pouvaient etdevaient être forcés à signer et à croire en conscience, mais que pour ce qui était du fait, ils ne pouvaient pas être forcés à signer, mais bien à ne parler point contre, ni écrire, ni prêcher; que la nouvelle bulle ne regardant que le simple fait ne pouvait pas en aucune façon les forcer à signer qu'ils croyaient ce qu'ils n'avaient jamais vu, étant même convaincus du contraire par leur propre expérience et par leur pratique dans les livres.
Il ajoutait que le pape pouvait bien avoir été trompé, de même que l'avaient été plusieurs papes, ses prédécesseurs, et même plusieurs conciles dont on ne reconnaissait point en France l'infaillibilité, particulièrement pour ce qui regarde le fait; que l'on estimait cette prétention d'infaillibilité tellement nuisible à l'Église, que plusieurs tenaient fermement que non seulement elle était cause que les hérétiques demeureraient en leur opiniâtreté, mais même qu'elle était capable de faire retirer de l'Église romaine une grande partie des catholiques ; que ces considérations l'obligeaient de supplier M. le nonce, qu'en prétendant selon quelques-uns au delà de ce qu'on devait, on ne perdît beaucoup davantage pour ce qui regarde la soumission aux choses que l'on est obligé de croire, et qu'en peu de mois de sa nonciature, il ne vît le pape privé publiquement de ce droit réel et effectif qui n'avait jamais été attaqué par aucune déclaration contraire; que les peuples commençaient à être instruits de la difficult6, laquelle avait été jusqu'à ce temps là couverte et embarrassée de prétextes d'impiété et d'hérésie; mais que l'on ne regardait plus que comme une
chose de fait et pour une visible persécution excitée par les Jésuites, assistés partout de toutes sortes de puissances, et que voyant la violence et l'injustice avec laquelle on persécutait ces théologiens par ce seul prétexte qu'ils refusaient de déclarer que cinq propositions fussent dans un livre, cela ne servirait qu'à confirmer davantage ces peuples dans l'opinion avantageuse qu'ils avaient eue d'eux, et à s'opposer à tout ce que le pape pourrait faire sur cela ; que plusieurs en France et en quelques autres lieux de la chrétienté considéreraient comme une matière de scandale ce qui s'était passé touchant la lettre écrite par feu M. l'archevêque de Matines à la congrégation de l'Inquisition de Rome, dans laquelle lettre, par l'avis de 1 Université de Louvain, était exprimée la condamnation de dix-sept propositions des Jésuites, sans que l'on eût jamais rien fait à Rome pour les condamner depuis qu'elles avaient été déférées à ce tribunal. Que l'on était aussi offensé de voir que les curés de Paris, de Rouen et de plusieurs autres diocèses de France eussent adressé à l'Assemblée du clergé une infinité de propositions hérétiques et scandaleuses, et que l'on n'eût encore fait aucune décision sur cela; que plusieurs étaient blessés de voir d'autre part, que le pape, Rome, l'Assemblée et Paris se bandassent, comme ils disaient, contre ceux qui de vive voix, par écrit et par action, témoignaient tant de respect envers les Saints Pères, les conciles et les papes ; mais qui refusaient seulement de reconnaître par leur signature que l'on trouve dans un livre ce qu'ils n'y avaient jamais su voir.
M. Brunetti suppliait encore M. le nonce de croire que quand il aurait encore quatre autres bulles plus fortes et plus pressantes que la première, il ne ferait jamais autre chose qu'aigrir les esprits par une conduite que l'on commençait à regarder comme injuste et violente; que le pape ne faisant rien contre les Jésuites après tant de plaintes que l'on faisait tous les jours de leurs maximes touchant la morale, mais au contraire les soutenant et les protégeant en tout avec un grand soin de les avancer et les exalter en toutes rencontres, donnait bien peu d'espérance à quelques uns qu'il pût jamais faire le devoir de ce grand père commun de tous les chrétiens, comme ils l'appelaient, et de veiller comme il y était obligé au repos de la religion, et de