‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 266 sur 412 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

cela fût, ne vaudrait-il pas mieux pour moi qu'on n'eût jamais publié la bulle et que je n'en eusse point entendu parler, puisque sans elle je serais toujours demeuré catholique en ne condamnant les propositions que dans les propres termes, au lieu que le sens de Jansénius étant condamné sans l'exprimer, je me trouve toujours en peine de savoir quel il est, et dans le hasard d'être excommunié comme hérétique. Dieu me garde de penser que Notre Saint Père, tout plein de lumière et de charité, n'ait pas pourvu à ces inconvénients, ou qu'il ait eu dessein de nous y faire tomber par sa bulle en voulant faire naître des hérésies au lieu de les arracher et de les détruire. Pour moi j'en reviens toujours là, et j'en suis fortement persuadé : il n'a pas voulu tout dire afin que vous eussiez quelque chose à nous apprendre, vous nos seigneurs qui êtes nos maîtres par voire dignité épiscopale. 11 a laissé un voile sur la bulle afin que ce fût vous qui le tirassiez ;il a caché son secret afin que vous pussiez nous le découvrir. Il à condamné le sens de Jansénius, et il entend que nous le condamnions ; mais comme nous ne le pouvons condamner sans le connaître, nous devons croire qu'il vous l'a expliqué afin que vous prissiez la peine de nous en instruire et que nous puissions l'éviter et le détester ensuite. Voilà pourquoi je crois suivre son intention en vous consultant là-dessus. Parlez donc. Monseigneur, enseignez-moi ce que je dois croire; vous ne sauriez trouver de disciple plus docile que moi, ni de plus résolu d'obéir aux intentions du pape lorsque vous me les aurez fait connaître, étant comme je suis déjà prévenu d'une parfaite estime de votre capacité et de votre charité, et faisant profession particulière d'être, avec toute sorte de respect et de soumission, votre, etc. »

Quelque pressante que fût cette lettre, elle ne la fut pas assez pour mériter une réponse, soit que M. de Marca fût bien aise que les choses demeurassent dans une obscurité affectée, soit que, se regardant déjà comme cardinal, il crût en cela devoir imiter la conduite du souverain pontife, de qui M. du Bosquet, évèque de Montpellier, avait dit vers ce temps-là : Que c'était une chose au-dessous de la majesté du pape de répondre autrement que par des rescrits. Et comme la pourpre même du cardinalat ne lui donnait point la liberté d'en faire, quand même il aurait été élevé à cette

éminente dignité qui était le but de son ambition, il se contentait de faire parler le roi par des déclarations, sans entrer de son côté dans une discussion si importune'.

M. Amyot se signala à Paris, le jour de la Pentecôte, par un prône qui servit d'entretien à toute la ville pendant plusieursjours. M. Carré, docteur en théologie de la maison de Navarre, ayant été du nombre de ses auditeurs, en envoya une relation exacte à M. Taignier dès qu'il fut arrivé à la campagne; et c'est de là que nous l'avons tirée pour la faire entrer ici.

M. Amyot ayant pris pour texte ces paroles de saint Jean : Spiritus paraclitus, etc., quem mittet pater ille et vos docebit omnia, il dit d'abord qu'on aurait sujet de croire que ces paroles regarderaient seulement les Apôtres, si l'Évangile n'ajoutait que cet Esprit demeurerait éternellement avec eux pour leur enseigner toute vérité et [qu'eux] n'ayant pas à demeurer éternellement sur la terre, il fallait que cette résidence perpétuelle de l'Esprit eût son effet dans [leurs] successeurs, qui sont les évêques, et le pape entre les autres. Qu'ainsi Dieu a promis à son Église une telle assistance de son Saint Esprit qu'elle serait instruite de toutes choses, de toutes, sans exception.

Entre ces choses, il dit qu'il y en avait de fait et d'autres de droit. Il définit les choses de droit celles qui se prouvent par raisons ; et celles de fait, celles qui ne peuvent être sues que par expérience et parla déposition de quelques témoins, qui se voient, qui s'entendent, qui se touchent, qui tombent sous quelqu'un des sens. 11 allégua pour exemple d'un point de droit cette proposition de l'Écriture, que Jésus-Christ est fils de Dieu, et ne laissa pas, ce semble, de la prouver par un témoignage qui est celui de son Père, qui dit de lui en son baptême : Voici mon Fils bien aimé. Et pour exemple d'un point de fait, il apporta cette proposition : Le Verbe iest fait chair. Car ce sont les apôtres, dit- il, qui ont été témoins de cette vérité, qui ont vu ce Verbe chair, qui l'ont

1. Ici figure au ms. une page entièremeat barrée, sans doute par Hermaat lui-même. 11 y racontait ce qu'il appelle daus son sommaire Vexcès d'unRéf/ent du Collège d'Orléans. Ce régent avait dicté un thème à ses élèves pour leur inspirer l'horreur des jansénistes. Le texte de ce thème était rapporté (p. 310-311). Après réflexion, ce thème n'a pas été jugé digne de passer à la postérité ; ce n'est que justice.

Page 1