LIVRE XVII
ments de cette nature, et qui avaient toujours été rigoureusement rejetés comme suspects et dangereux à cette ville, ne pouvaient être résolus que par le consentement général de tous les habitants, et protesta, en cas que l'on passât outre, d'y résister ouvertement.
Le Père Du Fresne et ceux de sa faction, voyant que cette assemblée leur était inévitable, s'assemblèrent chez le premier échevin et conclurent qu'il fallait solliciter une lettre de cachet que ce jésuite ne manqua pas de faire venir peu de jours après. Et ayant ensuite fait convoquer une assemblée générale, et ayant fait la lecture de cette lettre, le premier échevin et les magistrats qui étaient de sa cabale dirent qu'après ces marques de la volonté du roi et de son affection pour ces Pères, il n'y avait pas lieu de délibérer.
Ils se levèrent en effet pour s'en aller, lorsque le peuple, irrité d'un procédé si inouï, commença à murmurer d'une étrange sorte, et quelqu'un des plus considérables d'entre eux ayant remarqué quelques termes de la lettre sur lesquels personne n'avait fait réflexion, il représenta avec vigueur que tant s'en faut que les paroles auxquelles elle était conçue fussent favorables aux Jésuites, qu'au contraire, elles étaient tout à fait contre eux, puisque Sa Majesté disait n'avoir écrit celle lettre que sur ce qu'on lui avait donné à entendre que la plus grande partie des habitants consentait à cet établissement; ce qui étant visiblement faux, il s'en suivait de là. par une conséquence nécessaire, que Sa Majesté ne voulait pas violenter les sentiments des habitants d'une ville qu'il honorait d'une affection particulière. Sur cela, tout le peuple commença à crier par diverses fois : Vive le t'oi, sans Jésuites,ei témoigna tant d'indignation contre les magistrats et leurs adhérents que la chose allait au tumulte, si les plus opposés aux Jésuites ne se fussent employés pour l'empêcher. Ils ne purent néanmoins y réussir de telle sorte que le peuple ne demandât qu'on délibérât pour la dernière fois sur ce prétendu et dangereux établissement. Les partisans des Jésuites, confus d'un si mauvais succès, eurent encore recours à la ruse, et dirent qu'en l'état où étaient les choses, cela ne se pouvait faire sans confusion^ et qu'ainsi ils priaient que l'assemblée fût remise jusqu'au mercredi suivant, ce qui irrita le peuple tout de nouveau, et il n'y aurait jamais consenti si les plus sages d'entre eux, qui
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n'avaient en vue que l'utilité publique, n'eussent usé envers les autres de prières très pressantes pour leur faire agréer ce retardement, dans la crainte qu'ils avaient de quelques événements tragiques si l'on eût délibéré durant une telle chaleur.
Les partisans des Jésuites ne se consolèrent de la consternation où ce mauvais succès les mettait inopinément que par l'espérance de s'en relever parles cabales qu'ils feraient dans cet intervalle de temps pour rompre et dissiper l'assemblée. Pour cet effet, ceux de leur faction s'étant trouvés le mercredi devant la maison de ville, selon l'ordre qui leur en avait été donné, et n'ayant fait sonner la cloche que deux ou trois fois, quoique ce fût un jour de police, on envoya dire au peuple, qui demandait à monter, qu'il n'y avait point d'assemblée. Mais le peuple irrité de cette conduite, et connaissantleur mauvais dessein, leur manda qu'il était absolument résolu de monter pour délibérer sur cette affaire qui avait été remise. Cela les ayant surpris et ne pouvant plus esquiver, ils envoyèrent leur greffier pour le prier de monter. Ce fut alors que Ton opina paisiblement sur cette importante affaire, à la réserve des partisans de ces Pères, dont pas un ne voulut demeurer. Et ce fut aussi alors que la sentence formelle de l'exclusion des Jésuites fut prononcée par un consentement si général, que les magistrats mêmes qui jusque là les avaient ouvertement favorisés furent contre eux sans l'exception d'un seul ; tout le monde ayant été d'avis de cette exclusion, tant pour le présent que pour l'avenir.
On ne saurait exprimer à quel point cette résolution, qui devait ruiner pour jamais toutes les espérances des Jésuites, porta la fureur du Père Du Fresne, qui s'était vanté tant de fois de faire réussir leur entreprise. Mais ses actions en firent connaître quelque chose : il commença par presser avec violence les magistrats d'établir d'autorité absolue, en vertu de cette lettre de cachet, ceux de sa compagnie dans ce collège, nonosbtant la résolution contraire et générale de toute la ville, offrant de se mettre à leur tête pour l'exécution de ce dessein, sans considérer (tant sa passion était aveugle) qu'on ne pouvait tenter de l'exécuter qu'il n'en coûtât la vie à ceux qui entreprendraient de faire une telle violence à tout un peuple.