‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 283 sur 412 · LIVRE XVH · texte numérisé non relu

LIVRE XVH

eut égard à leurs prières, et ne voulant pas désespérer des personnes qui ne lui devaient point être indifférentes, il obligea ces Pères à se retirer, et leur permit de bâtir en un autre lieu plus écarté, mais qui ne leur pouvait être désagréable parce que de là ils avaient la commodité de voir jusque dans le milieu de la ville pour laquelle ils avaient tant d'amour. Aussi en témoignèrent-ils tant de joie qu'ils en donnèrent avis en très grande diligence, comme d'une heureuse nouvelle, à leurs confrères de Saint-Sébastien en Espagne, qui en témoignèrent un contentement incroyable selon le rapport qu'en fit cet exprès.

Comme ces Pères avaient besoin de bois pour leur établissement, ils envoyèrent vers Labourtles Pères Gasteloussard et Colomb, pour en demander aux Basques, qui renvoyèrent si rudement ces riches et hardis mendiants qu'il ne leur prit plus d'envie d'y retourner. Mais cette disgrâce fut suivie d'une plus grande ; car cette chapelle et cet édifice dont ils jetaient ainsi les fondements se trouvant mouvoir de la directité * d'un bourgeois conlraire à leur faction, il leur fit signifier qu'en qualité de seigneur foncier, il s'opposait à leur établissement en ce lieu là. Sur quoi ces Pères ayant recours à M. le maréchal de Grammont pour le conjurer de les maintenir par son autorité, ils le trouvèrent trop équitable pour vouloir faire cette injustice, et ainsi ils furent contraints de céder.

Personne ne doutait qu'après cela ils ne se retireraient tout à fait, Mais au lieu de prendre ce parti, ils empruntèrent un petit logis dans le voisinage et continuèrent quelquefois à faire des prédications.

Cette opiniâtreté invincible de gens qui ont tant d'intelligences en Espagne ayant toujours augmenté les soupçons que la ville a toujours eus d'eux comme des ennemis de son repos qui, au lieu de s'installer comme les autres communautés avec l'amour et l'agrément universel, emploient les cabales et les violences pour leur établissement, on assembla sur ce sujet cette année-là même le conseil des Douze ordonné pour les affaires les plus importantes, lequel, après une mûre délibération, conclut de députer vers ces Pères deux magistrats pour leur enjoindre de leur part de

1. T ermede féodalité, sigaifiaot : étant sur une terre appartenante...

se retirer. A quoi ils répondirent nettement qu'ils ne le pouvaient sans un ordre de leur provincial. Ce conseil aurait pu avec raison passer outre après une réponse si insolente, mais pour continuer, selon sa prudence ordinaire, à procéder par les voies de la douceur, il écrivit au provincial une lettre civile, le priant, pour les raisons qu'il lui représentait, d'envoyer ordre à ces Pères de se retirer. Mais ce Père, par un mépris insupportable et qui marque bien l'esprit de cette orgueilleuse société, au lieu de leur répondre avec la même civilité dont ils avaient usée en lui écrivant, se contenta d'écrire seulement à leur greffier en des termes si extravagants qu'ils étaient à peine croyables.

Cet insolent procédé, et si indigne d'un religieux, donna lieu le 7 du même mois à une seconde assemblée des Douze dont on ne saurait trop admirer la patience, puisqu'au lieu d'agir par les voies qu'ils avaient en main ensuite d'une telle injure, ils se contentèrent d'envoyer une seconde fois les mêmes magistrats vers les Pères, pour les prier encore de se retirer dans quinze jours, sans obliger la ville de Bayonne d'en venir aux extrémités. A quoi le Père Colomb, qui ne cédait point en témérité au Père Du Fresne, prenant la parole pour les autres, répondit avec une insolence martiale qu'il n'en ferait rien; que n'ayant pas jusqu'alors reçu d'ordre de leur provincial, et leurs bons amis de Bayonne leur promettant de ne les point abandonner, ils étaient fort résolus de demeurer, et, si, on leur faisait violence, de mourir avec eux en les repoussant.

Ces députés ayant fait leur rapport ce jour là même, on ordonna que le conseil des Douze s'assemblerait le 10 de ce mois ; ce qui ayant été exécuté, il fut conclu que les Pères seraientsomméspourlatroisièmeetdernièrefoisdese retirer, etdeuxdesmagistratsetdeux des bourgeois quicomposentce conseil furent nommés pourleleur signifier. Maisces Pèresen ayant été avertis trouvèrent moyen par leurs artiQces de gagner deux de ces quatre députés, lesquels ayant différé ensuite de s'acquitter de leur commission, ils furent sommésde le faire, et tout prêts d'être interdits, et traités comme déserteurs des intérêts de leur patrie; ce qui les ayant contraints de faire leur charge avec les deux autres délégués, ces Pères demeurèrent fermes dans leur première réponse, et employant ensuite tout leur esprit à jeter de nouveau la

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