‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 284 sur 412 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

division dans la ville, il n'y eut point d'artifices dont ils ne se servirent pour arriver à leurs fins et on en vit de tristes effets dans quelques familles. Mais le nombre de ceux qui demeurèrent fermes dans le dessein de soutenir généreusement l'intérêt public prévalut de telle sorte que celte œuvre de ténèbres fut dissipée par leur fermeté.

Ainsi toute la ville résolut avec non moins de modération que de prudence et de courage que le mercredi 21 du mois de mars, il serait tenu une assemblée générale pour aviser aux moyens de faire sortir ces Pères après les quinze jours expirés, le lieu où ils étaient établis rendant leur séjour suspect à la ville de Bayonne par plusieurs raisons. Et d'autant que l'un de leurs prétexte^ pour y demeurer était qu'ils y avaientété envoyésen mission parM. l'évéque d'Acqs, dansle diocèse duquel le lieu oîi ils étaient établis était situé, ils députèrent des échevins pour représenter à ce prélat l'état des choses, et le supplier très humblement par tant de grandes considérations qui obligeaient toute la ville à lui demander celte grâce de faire sortir les Jésuites de ce lieu là, et de révoquer pour ce sujet la mission qu'ils avaient obtenue de lui.

Ces Pères ayant été avertis parleurs confidents de ce qui avait été résolu, envoyèrent en très grande diligence [le faisant voyager] toute la nuit, le Père Boissonnade vers M. D'Acqs, auprès duquel étant arrivé avant l'échevin député de la ville de Bayonne, il n'oublia ni artifices, ni mensonges, ni prières, ni conjurations, ni protestations de service de sa compagnie au nom de laquelle il lui offrait douze mille livres, ce qui ayant irrité la générosité de ce prélat, il le renvoya avec indignation de ce qu'il avait osé lui faire une proposition si offensante.

Ce Père, ne perdant pas courage par ce refus, s'en alla trouver le lieutenant du métropolitain. Mais il vit qu'il avait affaire à un homme d'honneur qui lui refusa nettement ce que M. d'Acqs lui avait refusé si expressément. Il eut encore cette insolence de retourner vers l'évéque pour tâcher de nouveau à le gagner en lui disant mille faussetés; mais l'échevin député de Bayonne étant arrivé et ayant informé très particulièrement ce prélat de la vérité des choses, il n'eut pas de peine d'obtenir de son équité et de sa bonté une réponse très favorable ; et ainsi le Révérend

Père Boissonnacîe fut contraint de s'en revenir sans rien faire; mais non pas sans avoir eu l'insolence d'user de menaces envers cet évêque, en lui disant de prendre garde à ce qu'il ferait en cette rencontre, et à ne s'attirer pas le ressentiment d'une compagnie aussi puissante qu'était la sienne.

Les magistrats de Bayonne et les Douze s'assemblèrent après le retour de leurs députés, et ce qui avait été résolu dans la dernière assemblée générale fut confirmé. M. l'évêque d'Acqs l'ayant su, sa charité le porta à envoyer vers l'hôtel de ville, son théologal. C'était ce même M. Darbo, licencié de la Faculté de théologie de Paris de la maison de Navarre, qui avait fait paraître sa suffisance sur les bancs de ce collège en soutenant les sentiments de saint Augustin touchant la grâce dès l'hiver de l'année 1640, avant que le livre de M. d'Ypres fût sorti de la presse, ce que M. Arnauld, qui achevait alors sa licence, ne put voir sans élonnement. Ce théologien, qui était un homme de savoir et de mérite, et qui, depuis ce temps-là, mourût curé de Sainte-Eulalie de Bordeaux et conseiller du présidial, représenta aux magistrats de Bayonne que l'assemblée résolue se devant tenir dans un temps que le jubilé était ouvert dans le diocèse d'Acqs, et cette conjoncture étant capable de troubler la dévotion des fidèles, il priait la ville d'en remettre le jour après la fête de Pâques, que le jubilé serait fini, sur la parole qu'il leur donnait, que si les Jésuites durant ce temps là ne pouvaient obtenir le consentement des habitants de Bayonne pour s'établir paisiblement et sans trouble dans le lieu où ils étaient, il révoquerait leur mission et les renverrait dans quelque autre lieu de son diocèse.

Cette proposition produisit une autre assemblée dans le même mois, et la résolution fut que l'on ferait savoir à M. Darbo que l'assemblée générale ne pouvait être remise; mais que pour témoigner à M. d'Acqs combien la ville se sentait obligée des marques qu'il lui donnait de son extrême civilité, et quel respect elle avait pour sa personne et pour son mérite, elle suspendait jusqu'au temps qu'il le désirait l'exécution de ce qui y serait résolu.

M. Darbo, très satisfait de cette réponse voulut aller voir ces Pères suivant l'ordre qu'il en avait reçu de son évéque,

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