‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 295 sur 412 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Emprisonnement de Desprez, libraire et de Langlois, imprimeur. — Miracle célèbre de la guérison de Claude Baudran, pensionnaire de Port-Royal.

On avait publié en ce temps-là une lettre pour M. le cardinal de Retz contre M. de Marca, archevêque de Toulouse, qui lui reprochait une partie de ses prévarications dans la cause de l'épiscopat et de l'Église qu'il opprimait par son crédit et par ses intrigues. La cour fut tellement irritée de cet écrit qu'elle le fit brûler en Grève par la main de l'exécuteur de la justice, et comme les Jésuites inspirèrent aux ministres qui avaient l'autorité dans Paris, en l'absence du roi et du cardinal Mazarin, que le Port-Royal et les disciples de saint Augustin avaient une bonne part dans sa composition (ce qui était faux), ils crurent facilement que Guillaume Desprez ', libraire de la rue Saint-Jacques, y avait sans doute contribué, et qu'en s'assurant de sa personne on en saurait des nouvelles toutes certaines.

On savait que depuis deux ans il se mêlait de débiter les nouvelles pièces qui perdaient les Jésuites de réputation en découvrant leurs excès et leur ignorance, et qu'il en avait fait imprimer plusieurs. Pour lui tendre un piège, un homme inconnu, qui était le valet ou le clerc du commissaire Camuset, vint chez lui le 8 du mois de juin sur les six heures du soir, lui demanda de la part de son maître d'un nom inconnu une liste des pièces nouvelles qui s'étaient publiées depuis quelque temps sur le sujet des dernières contestations de l'Église, et ajouta qu'étant obligé de partir pour la campagne sur les deux ou trois heures du matin, il fallait avoir ces écrits dès le soir ou la nuit du même jour. Desprez demeura d'accord que ce valet viendrait à dix

1. Guillaume Desprez (1630-1108), iraprim-^ur et libraire du roi, premier éditeur des Pensées de Pascal.

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OU onze heures du soir et qu'il lui donnerait toutes les pièces dont il lui avait demandé la liste. Gela ne tendait qu'à lui faire ouvrir sa porte sans résistance et se saisir de sa personne avec son registre et ses papiers, et ils exécutèrent ce dessein ainsi qu'ils l'avaient projeté.

Le lendemain 9, le même commissaire du Châtelet ayant mené Desprez chez lui, vint sur les cinq ou six heures du matin chez Langlois, imprimeur au Puits '-Certain, et il n'y pouvait venir dans une occasion plus favorable pour causer de l'embarras. Car Langlois était alors en haut dans son imprimerie avec ses gens qui tiraient un nouvel écrit, intitulé : Lettre d'un avocat au Parlement à un de ses amis, touchant l'Inquisition que l'on veut établir en France à l'occasion de la nouvelle bulle du pape Alexandre VU; et cette pièce étant d'une force extraordinaire ne pouvait être que très odieuse à ceux qui se mettaient plus en peine de favoriser les passions des Jésuites que d'empêcher l'établissement de l'Inquisition dans le royaume.

Le commissaire Camuset s'étant un peu arrêté dans la chambre, Langlois et son gendre montèrent sur le toit de la maison avec les formes et les feuilles tirées; le commissaire entra ensuite dans l'imprimerie, où il prit cinquante ou soixante lettres de l'Avocat toutes tirées et sortit, après en avoir demandé inutilement les formes. Langlois et son gendre étant sortis peu de temps après, vinrent trouver M. de Saint-Gilles à Port-Royal, qui leur conseilla de ne pas retourner chez eux, et ils le crurent. On sut depuis que le commissaire ayant trouvé cette lettre qu'il ne cherchait pas, et l'ayant montrée à M. le chancelier ou peut-être à quelque jésuite ou quelque autre moliniste, on lui ordonna fort précisément de se saisir de l'imprimeur, et en effet le sieur Camuset revint deux fois ce jour là chez Langlois, lequel étant revenu encore à neuf heures du soir à Port-Royal, M. de Saint-Gilles leur défendit d'aller coucher chez eux, et ils se trouvèrent fort mal d'avoir manqué à la parole qu'ils lui en avaient donnée, car dès le lendemain au matin, Langlois et son fils aîné furent arrêtés, conduits chez le commissaire, et de là Langlois fut mené avec Desprez à la Bastille, et son fils mis en liberté.

î. Carrefour de Paris, à l'extrémité sud de la rue Saiul-Jean de Beauvais, à l'angle de la rue actuelle de l'École polytechnique.

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