LIVRE XVll
M. de Saint-Gilles échappa dès ce jour là même un assez grand péril; car étant monté à cheval pour cette affaire, et allant de chez M. Taignier ' chez M. Puylong, médecin, ami du commissaire Gamuset, à la Groix du Tiroir, sans savoir où logeait ce commissaire, il alla passer dans la rue Aubryle-Boucher, qui était le lieu de sa demeure, et étant à trente pas de sa porte où il allait passer, et où il voyait plusieurs archers et un carrosse qu'il sut depuis être là pour mener Desprez et Langlois à la Bastille, la femme de Langlois l'arrêta, et ensuite son frère et son fils, et plusieurs autres personnes de sa connaissance firent aussi la même chose. Il leur parla un peu fortement près de ces archers, et puis ayant fait réflexion que ce poste lui était désavantageux parce qu'il avait eu grand commerce avec ces deux prisonniers qui pouvaient déjà avoir parlé de lui dans leur interrogatoire, il s'éloigna et s'en alla par une autre rue chez M. Puylong, qui à sa prière vint aussitôt trouver le commissaire actuellement occupé à l'interrogatoire de Langlois; de sorte que ce fut en présence de Langlois même que M. Puylong parla en sa faveur, ce qui lui fut une grande consolation, et lui fit connaître que ceux qui l'avaient employé ne l'abandonnaient pas dans le besoin.
Le mardi 12 juin, le Châtelet donna une sentence pour condamner l'écrit publié contre M. de Toulouse à être brûlé par la main du bourreau, ce qui fut exécuté le jour même. Desprez dans son interrogatoire avait répondu n'en avoir aucune connaissance.
Le roi fit dire en ce même jour à MM. les évêques qui étaient encore à Paris quoique leur assemblée fut finie, qu'ils eussent à se retirer dans leurs diocèses. Mais M. Goulon, qui était alors habitué à Saint-Sulpice, et qui depuis fut curé de Vayterville*, porta la peine de cet ordre, que l'on peut dire avoir été une suite de ses avis sur des matières fort odieuses, et il en porta la peine quelque temps après par mille maux qu'oû lui fit souffrir dans une longue et très injuste prison. Le jeudi 14 juin M. l'abbé Fouquet, ayant appris que M. l'abbé Daurat, qui appartenait à M. le cardinal de Retz, était à Paris, le fit arrêter prisonnier et conduire à la Bastille.