LIVRE XIV
contre les jansénistes que la Sorbonne avait si bien commencée. Et en se tournant vers quelques seigneurs de la cour qui étaient derrière elle, Sa Majesté dit que M. l'archevêque de Sens avait parlé des jansénistes fort adroitement et fort légèrement. Aussi, avant que M. de Sens et MM. de l'Assemblée fussent entrés, le roi, à ce qui se publia alors, avait déclaré que si cet archevêque ne parlait contre les jansénistes ainsi qu'il y était obligé, il y aurait un évêque de l'Assemblée qui prendrait la parole pour en parler de bonne sorte, et on publia dans le monde que c'était M. de Mâcon qui s'était chargé de ce supplément de la harangue de M. de Sens. Cependant ce peu qu'il en dit offensa ceux qui étaient les sincères amateurs de la vérité, et, après les démarches que cet archevêque avait faites pour la défense de saint Augustin, ce pas glissant lui fit trouver un piège où il était malaisé de ne pas croire qu'il fût tombé.
Il ne laissa pas d'en recevoir [la récompense] dès le lendemain dans l'Assemblée, où M. l'archevêque de Narbonne, président, dit qu'il ne pouvait pas différer plus longtemps à le remercier de la peine qu'il avait prise de faire au roi la remontrance sur les entreprises de ceux de la religion prétendue réformée; qu'il avait parlé avec tant de force et tant d'éloquence que Sa Majesté même avait témoigné en être beaucoup satisfaite, comme l'étaient tous ceux qui s'y étaient trouvés. A quoi M. de Sens répondit qu'il avait bien souhaité pouvoir répondre au choix qu'il avait plu à la compagnie de faire de sa personne pour porter la parole sur un sujet si important; mais qu'il espérait qu'elle aurait la bonté de se contenter du zèle et de la fidélité qu'il avait apportés à s'acquitter de sa commission.
La relation de ce temps-là ajoute une circonstance qui ne se trouve point avoir été écrite dans le procès-verbal imprimé de l'Assemblée du clergé. Ce fut que dans ce rapport M, l'archevêque de Narbonne ne manqua pas d'insérer les paroles que la reine avait dites touchant l'affaire des jansénistes dont elle protestait de faire la sienne propre, parce que c'était celle de Dieu et de son Église. Aussi cette relation porte que, quelque satisfaction que la compagnie témoignât recevoir du zèle de Sa Majesté, il ne se fit aucune proposition ce jour-là.
Mais M. le nonce n'eut pas tant d'égard pour M. de Sens
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que l'Assemblée en avait eu. Car sans considérer le service qu'il venait de rendre à l'Église, il le fit presser de donner satisfaction au pape sur le sujet de son ordonnance, et l'on crut que ce qui s'était passé le samedi précédent dans le clergé sur l'affaire des réguliers d'Angers n'étant pas fort agréable à cet officier du Saint-Siège, il avait voulu s'en venger sur un prélat qui y avait eu une grande part.
Le mardi 4 mars, MM. les curés s'étant assemblés, et qui ne l'avaient pu faire plus tôt à cause que le jubilé n'était pas encore fini le jour précédent, parlèrent de l'affaire de M. Chassebras. Et comme M. Rousse, curé de Saint-Roch, [rapporta] que M. le cardinal Mazarin ne désagréerait pas une députation pour obtenir le retour des ecclésiastiques exilés, et qu'ayant reçu cet avis de M. l'évêque d'Amiens, il avait été lui-même de son chef saluer Son Éminence, et avait reconnu dans l'audience dont il avait été honoré que cette députation ne lui serait pas désagréable, MM. les curés nommèrent pour députés vers Son Éminence MM. les pasteurs de Saint-Jacques de la Boucherie, de Saint-André, des Saints-Innocents et de Saint-Barthélémy, et leur donnèrent l'ordre de se procurer l'entrée par le moyen de M. d'Amiens. . Le mercredi 5, on expédia chez M. Le Tellier un ordre pour faire sortir de la paroisse de Saint-Merry les docteurs et les ecclésiastiques qui composaient la communauté de M. Duhamel. Cet ordre était pour huit, cinq desquels étaient docteurs, savoir MM. Feydeau, Dorât, Cordon, Gaultier, Marcan, et pour trois autres ecclésiastiques, savoir, MM. de la Croix-Christ, Ariste * et Maillard, la Cour ayant bien voulu comprendre ces deux derniers dans le nombre de ceux de la communauté de Saint-Merry, quoiqu'ils n'en fussent pas.
Cet ordre ayant [été] signifié le matin 6 à celui qui occupait la maison de M. Duhamel, il déclara qu'il n'y avait personne dans la maison, tous ceux qui avaient accoutumé d'y demeurer s'en étant retirés depuis quelque temps. Ce fut un lieutenant du chevalier du guet qui fît cette signification, et quoiqu'il refusât d'en laisser une copie, il obligea néanmoins celui qui la reçut de vive voix de lui donner par
1. Jacques-Emmanuel Ariste (1620-1694) docteur en théologie, refusa constamment de signer le formulaire.