‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 317 sur 412 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

De ce qui se passa entre M. le curé de Saint-Sulpice et M™« de Liancourt durant une grande maladie de cette duchesse. Nouvelle négociation de paix par l'entremise de M. de Rouen.

La paroisse de Saint-Sulpice se rendait toujours de plus en plus célèbre dans tout le royaume par l'inquiétude de ceux qui la gouvernaient, et qui voulaient faire parler d'eux dans toute l'Église en traitant d'une manière injuste et tout à fait impérieuse les personnes de leur dépendance, quelque considérables qu'elles fussent par le rang qu'elles tenaient dans le monde.

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Le traitement injurieux que l'on avait fait de temps en temps à M. et à M""^ de Liancourt, dont la piété était reconnue de toute la cour et de toutes les personnes équitables, n'avait pas encore adouci le zèle amer de M. de Bretonvilliers, curé de cette paroisse, et il se présenta en ce tempsci une matière de l'exercer tout de nouveau. Car cette duchesse se trouva tellement malade d'une forte fièvre, avec de [si] grands redoublements, que M. de Liancourt étant venu à Port- Royal peu après les premiers jours du mois de juillet, dit à M. Singlin en pleurant qu'il n'avait plus de femme, parce qu'elle était alors beaucoup plus mal qu'à l'ordinaire. U pria en même temps ce vertueux prêtre de la venir voir, de lui apporter un linge ou quelque image qui eût touché à la Sainte Épine et de faire prier beaucoup pour elle. La chose s'étant exécutée ainsi qu'il l'avait souhaité, M'"« de Liancourt n'eut pas plutôt mis le linge sur elle qu'elle se trouva beaucoup soulagée, et n'eut pas ce jour-là l'accès qui la devait prendre peu de temps après, ce qui la mit en état de soutenir plus vigoureusement l'attaque de son pasteur.

Ce qui l'exposa à cette nouvelle épreuve fut que tous ses amis l'ayant vue si dangereusement malade, crurent qu il lui fallait faire recevoir le saint viatique, et qu'il n'était plus temps de différer. Mais il y avait des précautions à prendre depuis l'emportement injurieux du fameux M. Picoté, qui avait fait un si grand fracas dans le monde et fourni la matière à tant d'écrits de part et d'autre; et de peur que M. le curé de Saint-Sulpice n'exigeât de cette dame quelque sorte de rétractation ou de désaveu avant que de lui apporter le saint viatique, on jugea qu'il était à propos de s'en éclaircir avec lui, et de pressentir ce qu'il ferait sur cette demande. M. de Metz qui était alors son supérieur, en qualité de l'abbé de Saint-Germain, voulut bien en parler lui-même à ce pasteur, qui lui témoigna que pour cela il désirait la voir en personne. Ce ne fut qu'après avoir consulté comme ses oracles ceux des docteurs de la Sorbonne qui avaient une plus forte aversion contre les disciples de saint Augustin et après avoir pris des mesures avec ces théologiens si prévenus et si emportés, qu'il alla ensuite voir la malade.

Après lui avoir dit quelques mots sur la résignation qu'il

fallait avoir à la volonté de Dieu, il lui demanda si elle ne voulait pas vivre et mourir dans le sein et la communion de l'Eglise catholique, apostolique et romaine. Elle dit que c'était sa volonté et son dessein. En continuant, il lui demanda si elle ne recevait pas les deux bulles de nos Saints Pères les papes Innocent X et Alexandre VII. Elle lui répondit qu'elle les recevait avec respect; il ajouta si elle ne condamnait pas avec eux les cinq propositions; elle dit qu'elle les condamnait de tout son cœur. 11 insista làdessus et dit : « Madame, ce n'est pas encore assez. Ne reconnaissez-vous pas qu'elles sont condamnées au sens de Jansénius et tirées de son livre, comme le porte la dernière de ces bulles? » A cela la malade, qui se portait mieux ensuite de l'application du linge et de l'image de la Sainte-Épine et des prières que l'on faisait pour elle à Port-Royal, lui dit : « Monsieur, je vous dois parler sincèrement et selon que je sens dans le fond de ma conscience. Je vous dirai donc là dessus que je sens ma conscience me porter à croire que ces propositions ne sont pas dans ce livre. » M. le curé fut choqué de cette réponse; dit que cela étant, il ne la trouvait pas en état de recevoir l'absolution et le viatique, et se retira en colère. Mais M. l'archevêque de Rouen, ayant appris ce qui s'était passé en cette rencontre, alla trouver ce pasteur et lui fit de grands reproches d'un procédé si insoutenable ; et comme M. de Bretonvilliers ne put apporter de bonnes raisons pour se défendre, il pria ce prélat d'aller voir lui-même M""*^ de Liancourt avec promesse qu'on lui porterait le viatique, s'il la trouvait en élat de le recevoir. Mais la convalescence de cette duchesse, qui continua de se porter de mieux en mieux, fut l'entière décision de ce différend^ et on jugea qu'il était à propos de difféier à lui donner la sainte communion jusqu'à ce qu'elle fût en état de la recevoir elle-même dans l'église, comme elle fit quelque temps après.

Cette conduite si équitable de M. l'archevêque de Rouen n'était pas bornée en ce temps-là à la personne de M"'" de Liancourt; elle s'étendait sur la paix générale de l'Église, et il avait même entrepris de faire rentrer dans la Faculté des docteurs qui n'en étaient exclus que pour n'avoir pas voulu souscrire la censure si injuste de la lettre de M. Arnauld. C'est ce que ce docteur apprit par une lettre

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