‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 334 sur 412 · CHAPITRE XXIIÎ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIIÎ

Maladie de M. de Marca. Publication d'un écrit latia intitulé : Belga pevcontator. Recueil des Lettres Provinciales sous le nom de Louia de Montalte. Eloge de M. Pascal. Emprisonnement d'un libraire nommé Vendôme pour avoir débité quelques-unes de ces lettres,

La maladie de M. de Marca, archevoquo de Toulouse, dont il est parlé dans la lettre du sieur Vitré à M. d'Andilly, avait été fort considérable, et d'autant plus dangereuse on une personne de son âge que la tristesse et le chagrin en avaient été la cause. On sait ce que les grandes passions font sur les î\mes et sur les corps de ceux qui n'agissent que par les principes d'une cupidité violente et dominante. Ceux qui ont pour règle leur établissement dans le monde, comme M. de Marca, et qui sont persuadés de leur mérite, ne vendent pas leur conscience et leur honneur pour peu de chose. Ils voudraient parvenir tout d'un coup à celles où on n'arrive ordinairement que par degrés, et leur ambition ne s'accorde guère avec les retardements. La part que ce prélat avait eue à la distribution des prix sur la fin de l'Assemblée ne répondait point à son espérance. Il ne pouvait s'empêcher de se plaindre de ce qu'on ne lui avait pas tenu la moindre des promesses qu'on lui avait faites, et il publiait partout que pour avoir servi avec trop d'affection il était réduit à souffrir les derniers maux qui peuvent accabler la patience d'un homme d'honneur, sans qu'on lui eût témoigné autre chose que de la compassion; ce qui est un faible rafraîchissement pour la soif ardente d'un homme dont l'ambition n'a pas de bornes. Mais il croyait qu'il ne lui était point inutile de publier cette cause de son mécontentement, il en avait d'autres plus secrètes qui lui rongeaient le cœur et ne lui permettaient pas de s'en expliquer, qu'avec ses plus intimes amis. C'étaient les dernières pièces que l'on venait de mettre au jour contre lui, savoir la réponse ;» son écrit contre M. le cardinal de Retz et un autre ouvrage latin imprimé à Utrecht. Le premier de ces deux écrits, pour lequel il ne pouvait lui-même s'empêcher de témoigner de l'estime, avait fait quelque impression sur ceux de la cour qui avaient la principale part aux affaires, et comme ils se voyaient obligés dans les autres occasions

de rendre compte de leur conduite à ceux qui pouvaient leur reprocher la retenue du temporel d'un cardinal et d'un archevêque de Paris, ils lui demandaient d'autres raisons pour justifier leur procédé que celles qui venaient si fortement d'être ruinées.

Il voyait de plus que l'emprisonnement des libraires n'était pas capable d'étouffer la vérité ; que l'on faisait aux Pays-Bas ce qu'on n'avait pas toute la liberté de faire en Flandre, et que ses intrigues dans les assemblées du clergé de France n'avaient pu empêcher l'impression d'un écrit latin qui révélait tout ce mystère d'iniquité. Il portait pour titre ; Delga percontator, sive Francisci Profuturi theologi Belgœ super narralione rerum gestarum in conventu Cleri Gallicani circa Innocenta X Constilutionem scrupuli, islius narrationis opi/ici propositi. XXV Februarii, anno J 657. Sylva ducis apud AbrahamumEvingardum. Cet ouvrage, qui avait paru depuis peu en France, lui donnait un juste sujet de crainte pour l'avenir aussi bien que pour le présent. Les scrupules qui y étaient proposés lui causaient de cruels remords, et si sa politique l'en défendait au dehors, sa conscience entretenait malgré lui une intelligencesecrète avec un auteur si importun. M. Nicole, qui avait pris le nom de Profuturus, lui faisait voir d'une manière fort fine et fort délicate qu'il était peu vraisemblable que les propositions se trouvassent dans Jansénius; que quand lui, M. de Marca, avait entrepris de montrer que du moins le sens y était, il s'y était pris d'une manière peu raisonnable; qu'il n'avait point acquis une grande créance dans l'esprit de ses lecteurs en parlant trente fois du sens de Jansénius sans l'expliquer une seule ; qu'il paraissait en cela avoir affecté une trop grande domination sur la foi des chrétiens; que la relation de l'assemblée des évêques tenue en 1656 n'était pas faite d'un air capable de faire qu'on y ajoutât quelque créance; que l'assemblée du Louvre n'avait pas été rapportée d'une manière fort plausible ; que le bref du pape n'était pas une bonne preuve pour l'établir; enfin que s'agissant d'établir avec tant d'éclat une question de fait, l'auteur de cette relation n'était pas heureux dans ses preuves, où l'on pouvait remarquer jusqu'à huit erreurs de fait.

Toutes ses pensées se révoltaient contre le secours qui pouvait lui venir du côté de la médecine; elles l'occupaient

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