LIVRE XVII
e jour, elles troublaient son repos pendant la nuit et elles déchiraient continuellement ses entrailles dans le temps même qu'on lui procurait du rafraîchissement contre l'ardeur de la fièvre. Mais son unique consolation était la liaison avec les Jésuites, qui le flattaient de l'espérance de la prompte destruction d'une secte imaginaire, et c'est ce qui l'obligeait à négliger sa santé et sa vie même pour leur service, et à faire venir chez lui, au milieu de ses accès, des prélats et des ecclésiastiques du second ordre, unis avec lui par le même zèle, pour les garantir de la flétrissure dont la lettre circulaire de l'un des présidents de la dernière assemblée avait entrepris de les marquer.
Cependant ses consolateurseurent eux-mêmes en ce temps là un très grand sujet de douleur quand ils virent recueillir dans un même corps toutes les Petites lettres qui avaient porté le coup mortel, chacune en particulier, à leur réputation et à leur mauvaise doctrine. Ce livre était intitulé : Les Provinciales^ ou lettres écrites par Louis de Montalte à un provincial de ses amis et aux Révérends Pères Jésuites, sur le sujet de la morale de ces Pères. A Cologne, chez Pierre de la Vallée,/ 651.
On y avait ajouté ([uelques autres pièces, savoir ; Avis de Messieurs les curés de Paris à Messieurs les curés des autres diocèses de France sur le sujet des mauvaises maximes de quelques nouveaux casuistes.
La copie de la requête présentée par Messieurs les curés de Rouen à Mo'' leur archevêque.
Une table des propositions contenues dans l'extrait de quelques-unes des plus dangereuses propositions de la morale de plusieurs nouveaux casuistes, fidèlement tirées de leurs ouvrages.
Une lettre d'un curé de Rouen à un curé de la campagne sur le procédé des curés de la dite ville contre la doctrine de quelques casuistes, pour servir de réfutation d un libelle intitulé : Réponse à un théologien, etc.
Une requête des curés de Rouen présentée à M. Vof/icial le 26 octobre 1656.
La remontrance de Messieurs les curés de Paris à Nos Seigneurs de l'Assemblée générale du clergé en leur présentant l'extrait de plusieurs mauvaises propositions des nouveaux casuistes.
52(3 MÉMOIRES DE UODEl-ROI IIERMANT
Les principes et suites de la prohabililé expliques par Caramuel, l'un des plus célèbres entre les casuistes nouveaux, dans un livre imprimé en ■160.2, intitulé : Theologia fundamentalis.
Une table des propositions contenues dans la suite de l'Extrait de plusieurs mauvaises propositions des nouveaux casuistes, recueillies par Messieurs les curés de Paris et présentées à Nos Seigneurs de l'Assemblée générale du clergé de France, le 24 Novembre i 656.
Un extrait de plusieurs dangereuses propositions tirées des nouveaux casuistes, particulièrement du premier tome in-folio de la nouvelle théologie morale d'Escobar, jésuite^ imprimée depuis peu à Lxjon et dédiée au général des Jésuites.
Enfin une Lettre écrite par Messire Jacques Boonen, archevêque de Malines, à Messeigneurs les cardinaux de l'Inquisition de Rome, auxquels les Jésuites avaient appelé de ses ordonnances, fidèlement traduite en finançais.
L'avertissement qui était à la tête de tout ce recueil contenait l'explication des sujets qui sont traités dans chacune de ces lettres, et l'occasion qui avait engage Messieurs les curés de Rouen de se joindre sur ce sujet à ceux de Paris, et on y avait ajouté un Rondeau aux Révérends Pères Jésuites sur leur morale accommodante :
Retirez-vous, péchés. L'adresse sans seconde De la troupe fameuse en Escobars féconde Nous laisse vos douceurs sans leur mortel venin. On les goûte sans crime, et ce nouveau chemin Mène sans peine au ciel dans une paix profonde : L'enfer y perd ses droits ; et si le diable en gronde, On n'aura qu'à lui dire : Allez, esprit immonde, De par Bauny, Sanchez, Castro, Gans, Tambourin, Retirez-vous.
Mais ô Pères Uâtteurs ! sot qui sur vous se fonde. Car l'auteur inconnu qui par lettres vous fronde De votre politique a reconnu le fin; Vos probabilités sont proches de leur fin ; On en est revenu, cherchez un autre monde; Retirez-vous.
L'auteur de ces Lettres Provinciales s'était étudié sur toutes choses à demeurer inconnu, et quand sa modestie ne
LIVKE Wll O'Zi
lui aurait pas fait prendre ce parti, il y était assez engagé pour sa propre sûreté et par la considération de sa propre personne. Mais il n'était presque pas possible qu'un ouvrage d'un si grand mérite n'excittU pas la curiosité des gens de lettres pour tâcher de découvrir de quelle main leur venait un présent si précieux. On n'avait encore rien vu de si fin, de si délicat et de si juste dans notre langue. Ceux qui connaissaient les véritables règles de l'éloquence les voyaient parfaitement observées; mais l'art y était tellement caché que la nature seule semblait avoir eu quelque part à ces riches productions. La raillerie en était si ingénieuse qu'elle faisait concevoir une juste indignation contre ceux qu'elle rendait ridicules, et les tours des pensées et des périodes y étaient si heureux qu'on relisait plusieurs fois avec plaisir comme des beautés toutes nouvelles les endroits que l'on avait lus d'abord avec admiration. Enfin ceux qui voulaient raisonner, parler et écrire noblement se proposaient ces Lettres comme des modèles, et les plus habiles étaient tout à fait persuadés que Ton ne pouvait pas se proposer en ce genre une plus parfaite idée du bon sens et de l'éloquence.
Cependant ceux qui avaient rendu justice à cet ouvrage en lui-même furent surpris quand ils apprirent, non seulement que l'auteur était un laïque, mais même qu'il n'avait jamais eu d'autre maître que M. son père. Car on reconnut en ce temps là, et depuis celte découverte de peu de personnes est devenue toute publique dans le monde, que Biaise Pascal', né à Clermont en Auvergne et fils d'un président* de la cour des aides de la même ville, avait composé ces Lettres que les Jésuites avaient attribuées sans fondement à plusieurs personnes célèbres qui n'y avaient nulle part. 11 est vrai que la justesse de son esprit était connue depuis longtemps par ceux qui l'avaient ouï parler dans leurs conférences, particulièrement sur des sujets de mathématiques, où il avait fait paraître une profonde pénétration aussi bien qu'une incroyable vivacité dès sa plus tendre jeunesse.
L'inclination qu'il avait dès ce temps là pour les choses