Biaise Pascal
2. Etieuae Pascal (1588-1631), président à la Cour des Aides de Olermonl, puis intendant de Normandie.
(le raisonnement porta M. son père, qui était un des plus habiles hommes de France dans les mathématiques, de lui ôter tous les livres qui traitaient de géométrie, de peur que s'il lui donnait quelque entrée dans celte science, il ne s'y portât plus qu'il n'eût voulu, et que cela l'empêchât d'apprendre les langues. Mais comme il priait un jour, à l'âge d'onze ans, M. son père de lui dire au moins ce que c'était que cette science, et ayant su de lui que c'était une science qui enseignait le moyen de faire les figures justes et de trouver les proportions qu'elles ont entre elles, quoique M. le Président Pascal lui eût défendu en même temps d'en parler et d'y penser davantage, il ne laissa pas d'y rêver à ses heures de récréation, et de faire des figures avec des charbons sur les carreaux d'une salle, et d'en venir par lui-même à la trente deuxième proposition du premier livre d'Euclide, de sorte que M. son père, épouvanté de la grandeur et de la force du génie de son fils, et ayant communiqué le sujet de sa surprise avec larmes à M. Le Pailleur', son ami, celui-ci lui conseilla de ne pas captiver plus longtemps cet esprit en ne lui communiquant pas sa science. M. Pascal père se laissa vaincre à ces raisons; son fils lut par sa permission les éléments d'Euclide avec plus d'avidité qu'un enfant ne lirait un roman, et l'entendait tout seul sans jamais avoir eu besoin d'aucune explication. Depuis ce temps là, il tenait régulièrement sa place aux conférences qui se faisaient à Paris toutes les semaines; portait souvent des choses nouvelles, et découvrait quelquefois des fautes que les autres n'avaient point aperçues, quoiqu'il n'employât à l'étude de la géométrie que ses heures de récréation, apprenant les langues que son père lui montrait.
Le progrès qu'il avait fait dans cette science le mit en état de mettre au jour, à l'âge de seize ans, un traité des Coniques qui passa au jugement des plus habiles pour l'un des plus grands efforts d'esprit qu'on se puisse imaginer, et fut attribué à M. Pascal le père par M. Descartes*, qui aima mieux croire que ce président voulut se dépouiller de la gloire qui lui appartenait légitimement pour la faire passer
1. Le Pailleur, savant mathématicien, ami d'Etienne Pascal, mort en i6ol.