LIVRE XV
lui parlait. Ce théatia' lui repartit qu'il n'avait qu'à considérer leur conduite dans cette ailaire pour juger de leur intention ; qu'ils avaient représenté au pape :
1" Qu'il n'avait qu'à donner sa bulle, et qu'aussitôt tout le monde y obéirait;
2" Qu'il n'y avait point de compagnie considérable dans la France qui n'embrassât la dernière condamnation des jansénistes sans aucune contradiction;
3° Que les jansénistes acquiesceraient aussitôt que la bulle aurait paru;
4" Que s'ils manquaient à se soumettre, ils seraient incontinent enveloppés par tout autant de puissances qu'il y en avait dans la France.
5" Que c'était des gens sans support et sans assistance, et que hors Port-Royal, il n'y en avait pas un qui fût considérable.
6" Qu'enfin c'était un moyen infaillible pour établir son autorité souveraine en France, et insinuer dans l'esprit des peuples la créance de son infaillibilité dans les décisions qu'il faut faire dans l'Église.
Que le pape avait été surpris par des motifs si spécieux en apparence, et que, sans appréhender l'événement, il avait donné sa bulle. Que néanmoins il était visible par tout ce qui avait suivi que les Jésuites n'avaient autre dessein que celui de se satisfaire et d'établir la gloire de leur compagnie au préjudice de celle du Saint-Siège.
1" Parce que tout le monde improuvait cette bulle sur ce qu'elle décide un fait sans instruire sur ce fait.
2" Parce qu'il n'y avait pas de compagnie tant soit peu raisonnable, hors celles qui sont dans les intérêts des Jésuites, qui ne fût persuadée que ce ne fût une très grande injustice de vouloir forcer des gens à croire ou à souscrire des propositions comme étant d'un auteur, qui sont persuadés qu'elles n'en sont pas, parce que les ayant cherchées dans le livre de cet auteur où l'on dit qu'elles sont, ils ne les y ont pas trouvées.
3» Parce que les jansénistes étant des gens savants et éclairés, ainsi que tout le monde en tombe d'accord, il était très aisé de conjecturer qu'ils n'acquiesceraient jamais
1, Il doit y avoir ici uae faute de transcriptiou.
à une bulle daas laquelle on définissait une chose qui ne pouvait être définie, que l'on ne montrât ce que c'était que cette chose, et c'est ce que l'on ne faisait point louchant ces propositions.
¥ Parce qu'il était encore plus aisé de s'imaginer que les mêmes jansénistes n'acquiesceraient pas à cette bulle, quoique l'on employât contre eux toutes sortes de violences, puisqu'étant gens d'honneur et de probité, il était moralement impossible qu'ils fissent quelque chose par crainte contre leur conscience.
5° Parce que les jansénistes étaient dans l'approbation des gens les plus sages et les plus éclairés, et qu'ils n'étaient pas réduits aux seules personnes qui composaient Port- Royal; mais qu'il yen avait un nombre très considérable dans toutes les compagnies, comme il avait paru au nombre de quatre-vingts docteurs lorsque l'on examina la seconde lettre de M. Arnauld, et comme l'on avait connu par l'opposition que Messieurs des Enquêtes avaient formée sur le dessein que l'on avait eu d'envoyer au Parlement une déclaration contre les jansénistes.
6" Parce que l'envoi de cette bulle, joint à la publication qui en avait été faite, avait excité tous les [magistrats] et tous les avocats du Palais à réveiller les questions anciennes touchant la souveraineté du pape dans l'Église, touchant son infaillibilité dans les décisions qu'il fait, de sorte que depuis celte publication, on avait plus publié d'écrits qu'on n'avait fait depuis vingt cinq ou trente ans.
M. le nonce lui dit que toutes ces raisons étaient bonnes, mais qu'elles n'empêchaient pas que les jansénistes ne fussent aussi près de leur fin qu'ils eussent jamais été, et que dans peu de mois ils le seraient, après le retour de la cour; que le roi ferait par son autorité que le pape serait obéi; que pour le Parlement, il ne prétendait pas se servir de ce moyen, puisque l'autorité du pape n'en avait pas besoin pour se faire reconnaître, et que même il était dans la résolution de l'empêcher en s'opposantde tout son pouvoir à la vérification des deux bulles; qu'il était persuadé que cette chaleur de Messieurs du Parlement était un dernier effort des jansénistes, qui certainement ne les garantirait pas de la ruine qui les menaçait.
Ce seigneur lui répliqua qu'il était bien difficile d'exter-