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miner les jansénistes ; que ce serait commencer trop tard, et qu'on pouvait dire par ce qu'ils avaient souffert jusqu à présent qu'ils étaient à Tépreuve de tout ; mais que pendant qu'on leur ferait souffrir du mal, ils se défendraient vigoureusement par leurs écrits, et feraient paraître parleurs raisons que leur cause serait la meilleure et qu'il y aurait tout à craindre pour Rome qu'ils ne fissent remarquer à tout le monde l'injustice qu'elle leur faisait en cette affaire, et combien sont ridicules les pensées qu'elle a de son infaillibilité ; qu'il pouvait l'assurer avoir vu des écrits furieux contre cette prétendue infaillibilité, que l'on publierait si l'on ne s'abstenait de pousser les jansénistes à bout.
Là dessus, M. le nonce lui demanda à voir ces écrits, s'il était en son pouvoir de les emprunter de ceux qui les avaient entre les mains. L'autre lui promit de faire tout son possible de les tirer afin de les lui montrer.
Depuis cette visite, le Père théatin le vit encore une autre fois avant que de lui porter un de ces écrits. Dans cette seconde visite, M. le nonce lui dit qu'il reconnaissait bien que les jansénistes n'étaient pas des gens si faibles et si abandonnés qu'on lui avait dit ; qu'ils étaient gens savants, gens qui écrivaient bien, gens qui confondaient leurs adversaires quoiqu'ils n'eussent pas la vérité de leur côté ni d'aussi bonnes raisons qu'ils en pourraient avoir, et qui étaient soutenus par des personnes de condition et à la cour et dans Paris. Que les Jésuites poussaient cette affaire trop avant, qu'ils avaient un peu de passion pour leurs intérêts dans cette affaire, qu'il le reconnaissait bien; mais aussi d'un autre côté que les jansénistes étaient trop opiniâtres à ne vouloir pas se soumettre à la bulle d'Alexandre Vil.
Le théatin à qui il faisait cette plainte lui représenta que les jansénistes étaient fort soumis à la bulle d'Alexandre VU, puisqu'ils ne voulaient rien dire contre et qu'ils protestaient de ne rien faire jamais qui lui pût être contraire, déclarant qu'ils garderaient un humble silence sur le fait de M. Jansénius ; que c'était tout ce qu'on pouvait leur demander raisonnablement; mais que c'était une chose très injuste que de les vouloir obliger de souscrire une chose qui n'est pas, ou qu'ils sont persuadés n'être pas telle que la bulle le porte.
M. le nonce lui ayant demandé les écrits qu'il lui avait
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promis, il répondit qu'on les lui avait fait espérer, et que sitôt qu'il les aurait reçus, i[ les lui ferait voir. Il lui parla ensuite des Lettres au provincial, lui demandant s'il ne les avait point vues, et particulièrement la dix-huitième. M. le nonce lui répondit qu'il ne les avait pas toutes lues, qu'il avait lu la dix -huitième, qu'elle était belle, mais qu'elle était contre l'autorité du pape. L'autre lui demanda en quoi? : « En ce, répartit le nonce, qu'il insinue que le pape a pu manquer dans la décision qu'il a faite dans la bulle, par l'exemple de quelques autres papes qui ont manqué en des rencontres particulières, ce qui ne peut avoir été fait que par affectation. » L'autre lui répliqua que ce n'était que touchant le fait, sur quoi lesjansénistes et beaucoup d'autres qui ne sont pas même dans le sentiment de Jansénius s'étaient assez expliqués, que le pape ne pouvait pas rien décider qui pût faire loi dans l'Eglise, et qu'ainsi c'était toujours revenir à la même difficulté, savoir : si le pape est infaillible ou non; que ces Messieurs ne le croyaient pas, quoique le pape lui-même et la plupart des romains le crussent, et qu'il suffit pour justifier ces Messieurs qu'ils gardassent sur ces propositions un humble silence, ce qu'ils protestaient vouloir toujours faire. Il ajouta que M. le cardinal Bagni, étant nonce en France, avait reconnu qu'on avait poussé les jansénistes trop avant en faisant contre eux tout ce que l'on avait fait, que même il avait improuvé comme injuste tout le procédé qu'on avait tenu contre M. Arnauld dans la censure que la Sorbonne avait faite de sa seconde Lettre. M. le nonce n'ayant rien ajouté à ce qu'il lui répliqua, il se relira, lui promettant toujours de lui apporter l'écrit qu'il lui avait demandé sitôt qu'il l'aurait retiré de ces Messieurs.
Il s'acquitta de cette promesse le 31 juillet, et lui ayant montré les titres d'un écrit contre l'infaillibilité et la souveraine puissance du pape, M. le nonce en fut tellement étonné qu'il se récriait à chaque article en disant : Ho! signor, c^est trop ! Mais l'autre augmentait sa crainte en disant : Hxc initia sunt dolorum; ce qui fit un tel effet sur l'esprit de cet officier du pape que M. de Contes, doyen de Notre-Dame, le trouva fort touché et fort changé quand il le vit quelque temps après cette conversation.