LIVRE XVII
ils font en sa présence, que pour la foi on ne peut avoir aucun sujet de les soupçonner de l'avoir corrompue par aucune erreur, puisqu'ils ont toujours été inviolablement attachés aux décisions de l'Église catholique, apostolique et romaine, et qu'ils ont si souvent déclaré, de vive voix et par écrit, comme ils le déclarent encore, qu'ils embrassent avec une sincérité tout entière ce qui regarde la foi dans les deux dernières constitutions; qu'ils condamnent les cinq propositions qui y ont été condamnées, et qu'on ne saurait marquer aucun dogme qui ait été proscrit comme hérétique par les deux derniers papes qu'ils ne proscrivent aussi, de sorte que l'on ne peut dire avec la moindre couleur qu'ils aient sur tous ces points, ni sur aucun autre, une foi différente de l'Église et du Saint-Siège apostolique, et qu'il n'y ait aucune hérésie ancienne ou nouvelle qu'ils ne détestent et anathématisent de tout leur cœur. Et quant à la charité', qu'on les accuse aussi d'avoir blessée par une révolte contre le Saint- Siège, ils se sentent si éloignés de ce reproche, qu'ils sont disposés de perdre plutôt mille vies que d'avoir la moindre pensée de s'élever jamais contre l'Église catholique, et contre l'église romaine, qui en est le chef et le centre. Et dans les choses mêmes que le pape a déclarées qui ne regardent pas la foi, mais seulement des faits particuliers, ils ne s'écarteront jamais, avec la grâce de Dieu, de l'obéissance que l'on peut demander à des catholiques en ces sortes de matières, étant résolus de ne parler qu'avec révérence de ces constitutions des papes Innocent et Alexandre, de ne les contredire en rien, ni de vive voix, ni par écrit, et de témoigner en toutes leurs actions et en toutes leurs paroles le plus religieux respect que puissent porter au Saint-Siège des enfants très soumis qui ont une égale affection pour la vérité et pour la foi de l'Eglise. Je ne puis douter, Monsieur, que les personnes illustres dont vous m'avez mandé les bonnes dispositions pour la paix de TÉglise ne soient tout à fait contentes de cette déclaration si sincère. Car sans parler des maximes de l'Église gallicane et des droits du royaume, ils sont trop éclairés pour ignorer, en ce qui regarde les faits, [que] la plus grande obéissance qu'on puisse exiger des catholiques en des choses mômes qui auraient été détermi-
l. Le texte d'Arnauld porte unité.
nées par des conciles œcuméniques, est qu'ils n'y conlredisent point et ne dogmatisent rien au contraire. Il n'y a nulle apparence qu'on rejette un moyen si facile d'apaiser les troubles où se trouve maintenant l'Église, et qu'on veuille prendre d'autres voies, dont il est aisé de prévoir les mauvaises suites. Je suis, etc. »
M. Delahaye fit l'usage qu'il devait faire de cette lettre en la communiquant à M. le nonce, avec un autre écrit que M. Arnauld avait dressé pour s'expliquer plus particulièrement sur ces questions. Mais avant que de rendre ces écrits à ce ministre du pape, le bruit qui s'en était déjà répandu parmi les disciples de saint Augustin leur fit craindre que toute cette négociation ne fût un piège pour les surprendre ; et M. Delahaye eut assez de peine h les adoucir, comme il paraît à cette lettre qu'il en écrivit à M. de Rebours le 23 août :
« J'ai eu grand besoin de patience depuis hier matin, et la prudence m'a été bien nécessaire. Hier, à six heures du matin, un des principaux docteurs vint me trouver avant que j'eusse encore rien fait, il me mena chez M. de Sainte Ileuve, où j'appris que la plus grande partie de nos amis allaient abandonner M. Arnauld, si je baillais au nonce ce qui a été dressé. On ne manqua pas de me demander assez aigrement de quoi je me mêlais, et de me dire avec assez de mépris que je prenais une belle qualité de procureur général des jansénistes, et qu'absolument on désavouerait tout ce que je ferais. On m'assurait que sept docteurs étaient déjà dans cette résolution, des premiers et des plus considérables. Je vous laisse à penser comme cela me dut mortifier, ayant procédé comme j'ai fait, et n'ayant rien fait sans aveu et sans conseil. Je priai ces Messieurs de me dire ce que j'avais à faire sur ces difficultés qu'ils me proposaient, à cause qu'il était déjà bien neuf heures, qui était le temps que je devais me trouver aux Pères théatins. Pas un d'eux ne me voulut conseiller, demeurant dans une dureté de fer, si bien que je les quittai là et me retirai bien mortifié, je vous en assure, La prudence ne m'abandonna pourtant pas; et Dieu m'en donna assez pour ne rien gâter. Je m'en allai chez les théatins, où je parlai à celui qui m'attendait', auquel je fis entendre que pour le fond de 1. Oa oe sait quel était ce Père.