‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 344 sur 412 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

l'alTaire tout allait bien, et que j'avais trouvé tous mes amis en très bonne disposition dépendre tout le respect et toute la soumission dus au Saint Siège; que je l'assurais de cela pour le dire de leur part à M. le nonce; mais qu'il nous restait une difficulté assez considérable sur le moyen de faire paraître que nous étions tous en cettB disposition, parce que nous savions que M. le nonce nous voulait obliger à signer quelque chose, et nous nous trouverions dans l'impuissance de le faire en ce diocèse, étant résolus de ne rien faire qui puisse préjudicier aux droits de notre archevêque, particulièrement en son absence, cela ne se pouvant faire que nous ne fussions accusés de lâcheté, et même d'impiété envers notre église et notre prélat. Voilà pourquoi je le priais dé voir M. le nonce et de lui témoigner avec certitude que nous étions tous dans le respect dû et dans une soumission entière; mais que nous cherchions le moyen de le faire paraître, et qu'il lui demandât pour nous son avis là dessus. Après plusieurs raisonnements du bon Père, il approuva ma conduite et me promit qu'il verrait M. le nonce. Je vis ensuite M. le marquis Palavicin, à qui je dis la même chose^ et le priai de n'en point parler. Ainsi je me suis donné du temps. »

M. Delahaye ne fut pas le seul à qui les disciples de saint Augustin témoignèrent de la crainte de cette négociation par l'amour qu'ils avaient de la vérité. Le Père d'Arcy ', en ayant conféré avec M. Singlin en cetempslà, fit à loisir une sérieuse réflexion sur la chose et lui écrivit de Mérantais, le 26 d'août, en ces termes :

« Dans la confiance que vous avez eue le jour de saint Bernard, je me sens obligé de vous dire que je crains qu'on ne vous tende un piège.Je ne vois point d'écrit qu'on ne vous puisse présenter pour satisfaire ceux qui l'exigent, qui ne soit ou faux ou téméraire, et par conséquent injuste ou équivoque, si ce n'est qu'on se contentât que vous promissiez de n'écrire ni prêcher contre les bulles, ni même d'en parler dans les assemblées, vous contentant de demeurer dans un silence respectueux, sans trahir vos consciences.

Si vous signez la soumission à ce que vous savez, indis-

1. Charles Guillarl d'Arcy, entré à l'Oratoire en 1632, et mort en 1659. Il est auteur d'un livre intitulé : Règ/ex de Indiscipline ecclésiastique.

tinclemenl, vous voyez ce qu'on en tirera, et votre impossibilité ensuite ou de n'être pas décriés comme des gens d'équivoque, ou de ne pas avouer que vous avez souscrit ce que vous avez nié par écrit. Pardonnez à la liberté d'une personne qui vous honore sincèrement en Jésus Christ Notre Seigneur. Vous savez tout cela mieux que moi sans comparaison, mais ce qui me fait vous écrire, outre les choses ci-dessus, c'est un événement singulier et très véritable. Le vdici :

« Les prêtres de l'Oratoire de Riom ont été pressés par M. Pereyret, grand vicaire de M^"" de Clermont, de souscrire au formulaire des évêques. Us ont demandé terme pour avertir leur général afin de recevoir ses ordres. Le terme accompli, ils ont offert de signer, et on a refusé avec honneur leur signature afin, selon toute vraisemblance, d'avoir lieu de les persécuter et les rendre suspects, disant qu'ils n'ont pas signé.

« Ce qu'on vous propose n'est pas de même nature ; car on ne refusera pas de vous une signature beaucoup moindre. On se contentera d'une simple soumission aux bulles, et quand vous l'offrirez on ne la refusera pas comme on a refusé les autres quand ils ont proposé de signer le formulaire de Messeigneurs^ parce que l'ayant donnée, quoique dans les termes les plus généraux, vous vous fermez absolument la bouche, pour n'oser dire que les propositions ne sont pas dans l'auteur auquel les dernières bulles les attribuent; ou si vous le dites après, vous passerez pour fourbes et gens d'équivoque.

« Outre le droit naturel de ne point faire à autrui ce que nous ne voulons pas, selon Dieu el la raison, que l'on nous fasse parce que l'un et l'autre le défendent, un véritable serviteur de Dieu m'a dit un autre principe moins étendu, mais plus voisin de la thèse présente, qui est que l'on ne doit jamais faire, dans le temps de la persécution, ce que l'on croirait être coupable d'avoir fait au temps de la tranquillité, à moins de renoncer à la huitième béatitude spirituelle et par conséquent à l'éternelle. Vous auriez grande raison de me dire ce que les Pharisiens disaient par un mauvais principe à l'aveugle-né : In peccatis natus es totus et tu doces nos. Vous êtes aussi humble qu'ils étaient superbes.

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