‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 35 sur 412 · C'est-à-dire un calviniste · texte numérisé non relu

C'est-à-dire un calviniste

Vers le milieu du même mois M. l'abbé Colbert ', pour lors prieur de Sorbonne et depuis évêque de Luçon et successivement d'Auxerre, adressa à tous les docteurs de la maison qui étaient dans les provinces une espèce de lettre circulaire par laquelle il leur mandait que s'ils ne souscrivaient la censure de la Faculté contre M. Arnauld dans le terme de la Pentecôte, ils seraient déchus de tous droits d'hospitalité et de commensalité.

Dès le commencement de ce mois, M. du Saussay, officiai de Paris, reçut un ordre de la part du roi, qui lui fut porté par M. Ballesdens*, envoyé vers lui par M. le chancelier, de faire une visite à Port Royal. C'était pour lui un grand* embarras, après les louanges publiques qu'il avait données à ces saintes filles au prône de sa paroisse ensuite d'une visite qu'il y avait faite ; et comme elles n'avaient point alors moins de piété qu'elles n'en avaient eue en ce temps-là, il se voyait agité par les remords de sa conscience et par les inclinations de la cour. Son dessein était de substituer en sa place ou M. Charton, pénitencier, ou M. Cornet, ou M. Pereyret ; mais il ne l'exécuta pas, car cela ne l'aurait déchargé ni devant Dieu ni devant les hommes.

On le blâma encore publiquement sur la fin du carême comme un lâche prévaricateur de n'avoir pas publié le mandement que M. le cardinal de Retz lui avait adressé pour exhorter les peuples à demander à Dieu au temps de Pâques la paix générale. Pour s'en disculper, il dit* à tout le monde que ce mandement lui avait été envoyé trop tard, ne l'ayant reçu que le jeudi pour le faire imprimer et l'envoyer par toutes les paroisses. Il ajouta que celui qui le lui avait apporté de la part de cette Éminence lui avait dit que s'il ne trouvait pas à propos de le publier au temps de Pâques, il pouvait attendre celui de la Pentecôte, et qu'il avait pris ce parti ; mais on ajoutait peu de foi à ses paroles.

1. Nicolas Colbert, frère du contrôleur général, devint évêque de Luçon en 1661 et d'Auxerre en 1671. Il mourut en 1676.

2. Jean Ballesdens, né à la fin du xvi« siècle, mort en 1675, fut avocat au Parlement et secrétaire du chancelier Séguier qui le fit entrer à l'Académie française.

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