‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 351 sur 412 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

refuser aux Jésuites, parce qu'il les jugeait alors très utiles à ses grands desseins. Le sieur Vitré, qui était témoin de cette injustice, en écrivit en ces termes à M. d'Andilly le 3e jour de septembre :

« Voici à mon avis, Monsieur, le dernier personnage de Id scène dont les acteurs avaient tant de choses à faire et à dire, que l'on ne pensait jamais voir la fin de cet acte. Je ne doute pas qu'il n'en monte bientôt d'autres sur le théâtre. Pour vous informer du reste de notre histoire, c'est que iM. le coadjuteur de Vienne et l'évêque de Saint-Papoul m'ayant donné l'ordre par écrit d'ôter la lettre, les chiffres du procès-verbal ne se pouvaient plus rencontrer, tellement que cela les heurtait, parce, disaient-ils, que le monde verrait que c'est de là que l'on aurait ôté la lettre, et cela leur donnerait lieu de gloser et d'écrire. Je laisse à part plusieurs choses que j'estime être inutiles, pour vous dire ce qui peut servir. Après que j'eus laissé passer deux ou trois jours, je pus savoir enfin ce que je devais faire pour achever le procès-verbal. Comme c'est à présent une grande affaire que celle-là, on ne m'en put rien dire affirmativement. Le lendemain, M. de Saint-Malo, à présent évêque de Chartres, vint chez moi avec M. de Saint-Papoul, l'un des secrétaires qui était l'abbé Carbon. Après beaucoup de moyens cherchés pour remédier aux chiffres qu'ils voulaient absolument qui suivissent, et qui ne pouvaient se suivre qu'en y mettant la plume, il fut arrêté que je referais toute la suite du procès-verbal jusqu'à la fin, et que cela étant do dépense, et n'étant pas raisonnable que je la fisse, on m'assura de me faire payer. Cela pourra aller à quelque trois ou quatre cents livres, et c'est à quoi je travaille présentement. Je vous supplie très humblement, Monsieur, de trouver bon de m'envoyer la lettre imprimée que je vous envoie, après l'avoir fait copier. La raison qui me fait vous donner cette peine est que l'on me fait défendre de la part de Son Eminence d'en donner ni d'en faire voir à personne, et je lui ai celte obligation qu'il dit qu'il me fallait laisser toutes ces copies entre les mains, que j'étais homme d'honneur et qu'il était assuré qu'elles ne pouvaient être en des mains où elles fussent plus en sûreté pour n'être point vues. Je ne fais pourtant point de difficulté de vous l'envoyer pour deux raisons, quoique cela semble être contre ce que l'on attend

550 • MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT

de moi; la première c'est que je suis assuré que vous pouvez en avoir des copies d'ailleurs, et que je sais qu'il y eu a de signées de Md>- de .Sens. L'autre raison, et qui m'est la principale, c'est que je suis aussi assuré de vous, Monsieur, que de moi. J'espère donc cette grâce que vous me la renverrez; aussi bien ne vous peut elle pas servir pour ce que je sais bien qu'il n'y a rien qui vous pût obliger jamais à la montrer. Je proposai de remettre tout dans les archives^ parce que je ne doute pas qu'on n'en eût vu un bon nombre par cette voie-là; mais ils voulurent que tout demeurât chez moi; je tâcherai pourtant de m'en défaire parce que vous devinez bien... Tout présentement, je viens de recevoir l'original du procès-verbal, s'il peut y avoir un procès-verbal. En un mot c'est tout ce qu'il y a de signé, par ci, par là, dans les séances qui se sont tenues, ils m'ont fait dire par celui qui m'a apporté le paquet que je le donnasse à Messieurs les agents quand j'aurais achevé l'impression; mais je suis tout assuré qu'ils ne le recevront pas dans l'état qu'il est, parce que je leur ai dit que s'ils le prennent, quand on leur en demandera des extraits, il faudra qu'ils mettent le collationné à l'original, et Ton trouvera qu'il n'y en aura point au moins qui soit signé, et qu'un homme qui s'inscrira en faux les embarrassera bien.

« J'oubliais à vous mander que M. le nonce presse fort qu'on achève, tant il a peur que l'affaire ne change de face, h

Rien ne faisait voir davantage le pouvoir absolu du cardinal Mazarin et l'oppression de l'Église que cette manière d'agir si inouïe et si souveraine. On se jouait des évéques et de leurs délibérations, et le clergé de France ne jouissait plus que d'une liberté imaginaire, après avoir subi le joug d'une si dure et si honteuse servitude.

Page 1