‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 352 sur 412 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

constitution d'Alexandre VII avec ce titre insolent : Bulle contre les Jansénistes, sans y omettre le solécisme imprimantur; et M. Chéron', officiai, avait réprimé cet excès par une ordonnance qui exhortait tout le monde à la modération, et condamnait fort le procédé de ces Pères. M. de Lévis de Ventadour, archevêque de Bourges, à son retour de l'Assemblée générale du clergé, mortifia fort le recteur du collège de sa Ville qui alla ensuite trouver M. l'official pour s'en disculper et rejeter cette faute sur leur professeur de rhétorique. El, sur ce qu'il lui voulait faire accroire que cette ordonnance, qui leur était fort désagréable, ne venait pas de lui M. Chéron, quoiqu'elle portât son nom, parce qu'il était trop de leurs amis pour l'avoir faite, cet officiai leur répartit : a Vous avez sujet de croire que je suis porté d'affection pour la compagnie, laquelle je voudrais servir; mais vous n'avez pas sujet de croire que ce n'est pas moi qui suis auteur de l'ordonnance, qui ai averti Monseigneur de l'impression, qui l'ai désapprouvée. C'est moi seul qui ai fait tout cela, personne ne m'y a porté que moi-même; et cela est si vraique je suis prêt de vous en faire serment sur mes ordres. C'est moi qui l'ai fait, et en cela j'ai cru faire mon devoir. »

Dans la même ville de Bourges, les Jésuites, ne pouvant souffrir que les chanoines réguliers de l'abbaye de Saint- Ambroise y eussent établi un noviciat, les représentaient à leurs écoliers comme des jansénistes, afin de les détourner de se faire religieux chez eux, et franchissaient même le mot en disant que c'était des gens qui se feraient bientôt calvinistes.

Ils y publiaient aussi que depuis deux mois il s'était tenu un concile national de tous les jansénistes à Liancourt*, où plusieurs choses avaient été décidées :

1» Qu'on condamnerait les propositions; 2° qu'on admettrait une grâce suffisante, mais qui ne serait telle que de nom; et autres faussetés de cette nature, qui ne tendaient qu'à décrier les disciples de saint Augustin comme des per-

1. Nicolas ChéroD, docteur en théologie vicaire général de l'archevêque de Bourges, Lévis de Ventadour, fut ensuite officiai de Paris, et mourut en 1692.

2. Dans le château que possédait le duc de Liancourt, ami d'Arnauld et cause première des Provinciales.

sonnes cachées qu'il était presque impossible de reconnaître.

Ils agissaient dans les autres villes où ils avaient quelque crédit pour faire souscrire le formulaire de l'Assemblée, et quoiqu'ils n'eussent ni maison, ni collège dans Meaux, M. l'évéque de Meaux en avait commis l'exécution à son grand-vicaire, qui n'était pas moins zélé que lui pour cette exécution. Il y trouva néanmoins quelque résistance, comme on apprit après vers la fin de ce mois par une relation qu'un curé du diocèse y adressa, et qui était datée du 24.

Dès le mois d'août, le grand-vicaire de ce prélat avait fait distribuer la bulle d'Alexandre VII, avec le mandement de son évêque et le formulaire dernier fait en l'Assemblée, le tout dans une même feuille, et avait fait dire que chacun des curés y souscrivit et apportât sa souscription au synode qui se tint le premier jeudi du mois de septembre. Durant l'espace de temps qui s'écoula entre l'envoi de la bulle et le jour du synode, quelques curés ayant examiné sérieusement ce qu'on leur envoyait et ce qu'on exigeait d'eux s'en éclaircirent et prirent la résolution de ne pas souscrire en la manière qu'on le désirait. 11 s'en trouva plus de trente qui firent et signèrent un autre formulaire en ces termes : Damno quinque propositiones a summis poniificibus Innocentio X et Alexandro VU damnatas, in quocumque libro^ etiam Jansenii, reperiantur, et rien plus, et l'apportèrent ainsi signé.

Le jour du synode étant arrivé, le grand-vicaire de M. de Me^ux, avant que de faire la harangue synodale, lut un mémoire sur lequel étaient écrits quelques points dont il voulait avertir l'assemblée, entre lesquels était celui de sa souscription, sur laquelle il leur dit qu'ils ne devaient faire aucune difficulté de la donner, parce que ce formulaire nouveau, dit-il, ne contenait rien autre chose que le premier qu'ils avaient signé il y avait deux ans. Les doyens ruraux de La Ferté, de Goulommiers et de Rosoy répartirent à cela qu'il était donc inutile d'exiger d'eux cette nouvelle souscription qui n'était pas différente de la précédente, et que n'ayant pas lu le livre de Jansénius, ils ne savaient pas si ces propositions y étaient. Il répondit à cette difficulté, que nonobstant cela, ils devaient passer outre.

M. Le Clerc, docteur de la Société de Sorbonne, qui était

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