‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 353 sur 412 · LIVRE XVllI · texte numérisé non relu

LIVRE XVllI

alors curé dans le diocèse de Meaux, et qui depuis fut élu doyen de Roye, étant près de ce grand-vicaire, lui présenta la signature conçue en ces termes, laquelle il lut : « Je souscris à cette pré&ente constitution, quant à la question de foi, et je condamne les erreurs qui y sont condamnées ; et quant à la question de fait, je déclare que je n ai pas lu le livre de Jansénius et que je ne sais si elles y sont. » Le grand- vicaire crut qu'il était aisé de le convaincre par ce beau dilemme : ou ceux qui font difficulté de souscrire ont lu Jansénius, ou ils ne l'ont pas lu; s'ils l'ont lu, ils y ont trouvé les cinq propositions parce qu'elles y sont indubitablement; s'ils n'ont pas lu le livre de Jansénius, ils doivent croire qu'elles y sont après les assurances que Messeigneurs de l'Assemblée du clergé en ont données, puisqu'ils ne l'assurent qu'après les y avoir lues, et avoir examiné le livre. Et sur ce que M. Le Clerc le pria de les lui montrer, le grandvicaire, voulant se débarrasser de cette difficulté, répondit que ce n'était pas là le lieu de la vider, et commença aussitôt son exhortation. Aussi ne pouvait-il pas pousser la chose plus loin sans contrevenir aux ordres secrets de M. de Meaux. Car dans le temps qui s'était passé entre l'envoi de la bulle et le jour du synode, quelques curés du doyenné de Dammartin ayant témoigné à M. leur doyen rural qu'ils ne souscriraient jamais en la manière qu'on le désirait d'eux, il vint trouver M. l'évêque, qui était alors à Meaux, et lui donna avis de cette difficulté, sur laquelle le prélat répondit qu'il ne voulait faire violence à la conscience de personne, et qu'il tirât la signature en la manière qu'ils la lui donneraient.

Peu de jours après le synode, le même grand-vicaire porta au chapitre la bulle, avec le dernier formulaire, et le présenta aux chanoines peur le faire signer par leur ordre par tous ceux de leur corps et par leurs sujets, ainsi qu'on l'avait signé dans l'étendue du diocèse. Et pour faire agréer sa proposition et la mieux couvrir, il dit qu'il n'était parlé d'autre chose en cette bulle que dans la première qu'on avait déjà signée. M. ***, l'un des chanoines d'entre les présents et qui avait soutenu les droits de M. Le Moine dans sa tentative, et de plus, ennemi déclaré contre les sentiments de Jansénius, prit celte copie du formulaire et de la bulle que le grand-vicaire avait apportée et la lut; et quand on vint

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à délibérer sur celte signature, animé pour la conservation des droits et de l'honneur du chapitre, il entreprit le grandvicaire, lui soutenant qu'il imposait à la compagnie; que cette bulle était différente de la première; que si elle ne l'était pas, il était inutile de signer une seconde fois; que le formulaire était encore plus dissemblable des bulles que celles-ci ne l'étaient entre elles, puisque dans ce formulaire on faisait mention de beaucoup de choies dont ou ne parlait aucunement dans la bulle; et qu'après tout, c'était traiter la compagnie comme des enfants en lui apportant un formulaire tout dressé, comme s'il n'y avait pas de personnes assez habiles dans le corps pour en faire un, ainsi que la compagnie le trouverait bon, et non pas en la manière qu'il l'aurait conçu dans sa tête. Alors le grandvicaire lui répondit qu'il n'avait pas fait ce formulaire, et que c'était celui de Messieurs de l'Assemblée du clergé, lesquels l'avaient envoyé dans les provinces et désiraient qu'on le signât. Le chanoine, qui savait bien cela comme lui parce qu'il l'avait lu dans la relation de l'Assemblée, et qui l'avait dissimulé d'abord, ne témoigna pas plus de respect pour Messieurs de l'Assemblée du clergé que pour le grandvicaire, lui dit qu'ils l'avaient pu faire comme bon leur semblerait, et qu'ils se mettraient peu en peine si le chapitre de Meaux y aurait souscrit ou non, et demanda qu'avant de délibérer on fît la lecture des deux bulles et du formulaire, afin de convaincre d'imposture le grand- vicaire par ce moyen.

On lut donc premièrement la constitution d'Innocent X, puis à mesure qu'on lisait celle d'Alexandre' VII, il fit remarquer les différences de l'une avec l'autre, et enfin il leur fît observer par la lecture du formulaire, qu'il contenait tout autre chose que ce qui était dans les bulles, dans lesquelles les papes ne disaient pas que Jansénius eût mal expliqué la doctrine de saint Augustin. A quoi il ajouta qu'il voulait imposer une nouvelle loi à la compagnie, de lui faire signer, quoique par son ordre, tout ce qui serait ordonné par l'évêque dans le diocèse, et qu'on voulait introduire une espèce d'Inquisition pour leschanoines. Il reprocha encore au grand-vicaire que son dessein n'était que d'affaiblir par tous ces artifices l'autorité du chapitre et de le rendre esclave de celle de l'évêque, et que ce même esprit

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