LIVRE XVlll
pourtant rendus en partie. Ayant trouvé une cassette de M. de Saint-Cyran *, ils la laissèrent, mais étant revenus le lundi suivant pour rapporter quelques meubles, ils remportèrent cette cassette.
Un procédé si extraordinaire et si violent surprit tout le monde; mais ceux qui tâchèrent d'en découvrir le motif surent que la cause essentielle était que M. le chancelier avait été persuadé par les Jésuites que les disciples de saint Augustin avaient une imprimerie, et qu'on y travaillait à. une histoire des assemblées de Sorbonne au sujet de la censure contre M. Arnauld, laquelle serait capable de perdre de réputation ce chef de la justice dans toute la postérité. Ce qui pouvait servir de fondement à ce faux soupçon était que M. le chancelier pouvait avoir su que l'on avait vendu une presse depuis quelque temps ; car l'on assurait qu'un des amis de M. le cardinal de Retz l'avait achetée et s'en était servi pour y faire imprimer les dernières pièces qui avaient été publiées pour sa défense. On sut aussi par le moyen de la femme de ce lieutenant du Prévost de l'Isle que son mari devait aller en plusieurs maisons pour ce même sujet.
M. d'Andilly, ayant été sensiblement touché d'une si étrange équipée, s'en plaignit peu après par une grande lettre qu'il écrivit à M. de Priézac, conseiller d'État, pour la faire voir à M. le chancelier chez lequel il logeait. Il représentait fortement cette violence, protestant que ses amis et lui défendraient toujours la doctrine de l'Église jusqu'à la dernière goutte de leur sang; et marquait même en un endroit que la postérité saurait toutes choses. M. de Priézac, faisant réponse à cette lettre, lui témoigna que M. le chancelier l'avait oui lire avec plaisir. Ce grand magistrat, qui tâchait d'épouvanter les disciples de saint Augustin et de les accabler sous le poids de son autorité, avait peur luimême, et ceux qu'il avait entrepris de perdre ne laissaient pas de lui être formidables, quoiqu'ils n'eussent en leur pouvoir ni lieutenant du Prévost de l'Isle, ni archers. On avait enlevé quelques écrits de M. de Barcos, abbé de Saint- Cyran, que M. le chancelier ne put lire sans en parler avec éloges.
Le jeudi suivant, 4 octobre, un huissier du Châlelet,