Martia de Barcos
accompagné d'un commissaire, vint à Port-Royal de Paris demander un nommé M. de Saint-Gilles. Le portier ayant répondu qu'il n'y était pas et n'y demeurait pas, ils parlèrent à M. Du Plessis Akakia, et demandèrent qu'on leur ouvrit quelques chambres pour faire leur procès-verbal de perquisition. On les mena dans les chambres de M. Beaumesnil*, prêtre, et du même M. Akakia, qui faisait alors les affaires de la maison. Ils y écrivirent ce qui leur plut, et en s'en allant ils laissèrent une assignation ou ajournement personnel pour M, de Saint-Gilles. A l'instant même, M, Akakia manda cette nouvelle à Port-Royal des Champs, où M. de Saint-Gilles se trouva alors, et il marqua particulièrement dans sa lettre que l'on devait bientôt trompeter celui pour lequel on avait laissé cet ajournement, par trois jours de marché consécutifs, et à la porte de Port-Royal.
M. d'Andilly, ayant su ce qui se passait, écrivit une lettre fort pressante à M, l'évêque de Coulances, afin qu'il vit là dessus M, le lieutenant civil pour savoir tout son dessein et arrêter cette poursuite si cela se pouvait, La chose réussit selon son dessein. Car M. de Coutances étant aussitôt allé voir M. le lieutenant civil et ne lui ayant parlé d'abord que de choses indifférentes, il le mit ensuite sur l'imprimeur et le libraire qui étaient prisonniers à la Bastille, Ce magistrat lui témoigna être fort animé là dessus^ et après lui avoir dit qu'il devait bientôt juger le libraire, il ajouta qu'il avait enfin découvert le chef de tous les jansénistes, que c'était un nommé Saint-Gilles, qui avait fait tous les imprimés et même les Lettres Provinciales; qu'il y avait quatre témoins contre lui, entendant par là Langlois, sa femme, son frère et son fils, sur la déposition desquels il lui allait faire son procès; qu'il était en fuite ; mais qu'il le ferait trompeter par les rues à trois briefs jours, et puis pendre en effigie devant la porte de Port-Royal.
M. de Coutances lui ayant demandé s'il connaissait ce Saint-Gilles, il dit que non : « Je le vois bien, dit cet évêque, mais je le connais, moi. C'est un gentilhomme de fort bonne maison et qui est mon ami. Je vous prie, n'allez pas si vite. Que disent les témoins? » M, le lieutenant civil répliqua qu'ils déposaient qu'ilavait fait imprimer toutes les pièces des
1, M. Beaumesuil ue figure pas dans les Nécrologes de Port-Royal.