CHAPITRE IV
Enlèvement de M"" de Roannez du monastère de Port- Royal. Lettre de M. d'Andilly pour se plaindre de l'impression du nouveau libelle de M. Morel, intitulé : les Jansénistes convaincus d'erreur el de mensonge.
La religieuse de Soissons, sœur de M^'^ de Roannez, eut enfin le succès qu'elle prétendait de son voyage, non par le changement de cette postulante de Port-Royal, qui demeurait toujours ferme et inébranlable dans la résolution de se consacrer à Dieu, mais par des voies de fait qui ne pouvaient être que très odieuses à toutes les personnes équitables. M™» de Boissy, sa mère, qu'elle ne quittait pas d'un moment, donna les mains comme malgré elle à ses pressantes importunités, et le même exempt qui avait apporté la lettre de cachet à Port-Royal quelques semaines auparavant vint le 3 de novembre avec main forte pour en hâter l'exécution. La douleur qu'en ressentit cette demoiselle, qui se voyait arrachée d'un saint monastère par la personne du monde que toutes sortes de considérations de piété devaient porter à l'y souhaiter pour toute sa vie, lui serra tellement le cœur qu'elle tomba comme évanouie. Madame sa mère et cette sœur impérieuse en furent fort étonnées; mais leur surprise s'augmenta notamment quand elles surent que sans en parler à qui que ce soit elle s'était coupé les cheveux la veille pour se faire une nécessité de demeurer à Port-Royal. M™" de Boissy l'ayant emmenée chez elle prétendait la faire loger avec sa sœur, mais elle ne put s'y résoudre et reprit son ancien appartement, où elle vécut assez longtemps en religieuse, vêtue d'une manière fort simple, sans carrosse, sans équipage, et sans aucune marque extérieure de sa qualité. Elle aurait peut-être été plus heureuse, non seulement selon Dieu, mais aussi selon le monde^ si elle eût toujours persisté dans cet état d'humiliation; et la qualité d'épouse d'un