‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 361 sur 412 · LIVRE XVIIl · texte numérisé non relu

LIVRE XVIIl

el c'était justement lier les mains à Messieurs de Port-Koyal derrière le dos, pendant qu'on les lapidait. 11 s'en plaignit donc fortement par cette lettre du 4 novembre à M. de Priézac :

« Monsieur, « Ce qu'il vous a plu me mander, que M. le chancelier avait refusé aux Jésuites un privilège pour écrire des matières de la Grâce afln de faire cesser toute contestation et toutes disputes sur ce sujet, m'ayant fait croire que toutes les assurances que je lui ai données que mes amis ne désiraient rien davantage que de demeurer dans le silence pourvu qu'on ne les obligeât point à le rompre leur seraient fort agréables, je ne fus jamais plus surpris que de voir qu'il a accordé un privilège à M. Morel pour écrire sur cette même matière, et particulièrement contre mon frère, qu'il aflecte de prendre à partie de la manière du monde la plus outrageuse. Gomme il paraît par là que M. le chancelier ne se soucie pas que Ton continue d'agiter ces questions, je vous supplie. Monsieur, me tant obliger que de lui demander en mon nom un privilège à mon frère pour répondre à M. Morel. Je ne saurais croire qu'il ne me l'accorde, puisqu'autrement ce ne serait pas tenir la balance égale, n'y ayant rien de plus juste que de donner des armes à mon frère pour se défendre après en avoir donné à M. Morel pour l'attaquer. Car sans cela qui serait celui qui pourrait éviter d'être accablé par des calomnies, et qu'on ne fit pas passer pour coupable aux yeux du public, quelque innocent qu'il pût être, en lui ôtant les moyens de justifier son innocence? Quand M. le chancelier n'accordera aucun privilège sur le sujet dont il s'agit, personne ne s'en pourra plaindre. Mais en accorder aux uns pt le refuser aux autres, c'est-à-dire fortifier de l'autorité du prince les agresseurs et refuser le secours de la justice du prince à ceux qui sont attaqués, c'est ce que l'équité naturelle et civile ne saurait jamais approuver. Tellement que pour vous parler, Monsieur, avec ma franchise ordinaire, cette conduite passerait pour une oppression manifeste, et il ne pourrait pas n'en point demeurer des marques qui en feraient juger de la sorte à toute la postérité. C'est pourquoi, ne mettant pas en doute qu'en môme temps que M. le

chancelier a donné ce privilège à M. Morel, il n'ait résolu d'en donner un aussi à mon frère, j'espère que vous n'aurez pas grande peine à l'obtenir de sa justice, et la faveur que vous me ferez de lui en parler étant jointe à tant d'autres témoignages que j'ai reçus de l'honneur de votre amitié, elle me rendrait encore davantage s'il était possible. * ' Votre, etc. »

M. d'Andilly ne demandait rien qui ne fût très juste ; mais M. le chancelier était fort peu disposé à lui rendre la justice dont il le sollicitait. Aussi M. de Priézac lui répondit ainsi le 8 de novembre :

« Monsieur,

« Quelque juste que soit le privilège que vous demandez, on ne croit pas qu'il vous soit accordé. La matière dont il s'agit est la première cause du refus; et le second obstacle vient de la faveur de cet impertinent écrivain qui a choisi M. Arnauld pour le sujet de ses calomnies. Il est vrai que M. le chancelier lui représenta qu'il ne devait pas rompre le silence que l'on gardait de part et d'autre; mais les continuels rapports qu'il lui fit chaque jour firent qu'il obtint par surprise le privilège qu'il ne pouvait obtenir par justice. Il deviendra bien pi us hardi si son libelle passe sans réplique. Cependant, Monsieur, j'ai bien de la douleur de n'avoir en cette occasion que des désirs impuissants pour la défense delà justice et de la vérité. Je puis bien être plus heureux une autre fois, mais non pas plus zélé ni plus disposé à vous témoigner par mes actions que je suis, etc. »

Ceux qui compar[eront] cette lettre avec les approbations magniQques de MM. Séguier et Gaudin auront sujet de s'étonner d'une si notable différence, et que les docteurs de la Sorbonne aient donné de si grands éloges à un de leurs confrères à qui M. de Priézac donnait nettement la belle qualité d'impertinent écrivain, sans user de la métaphore dont il se servait ordinairement lorsque le voyant venir chez M. le chancelier, il disait : « Voici la terreur des Philistins. »

M. d'Andilly reçut ainsi qu'il le devait la civilité de ce conseiller d'état qui lui écrivait avec tant d'effusion de cœur, et l'en remercia par cette réponse qu'il lui adressa le 18 de novembre :

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