CHAPITRE XIV
Le Père Adam prêche le carême au Louvre. Emportement de quelques chanoines de Beauvais contre M. Barbereau, contre M. leur évêque et contre un de leurs confrères.
La politique des Jésuites les avait portés à se servir du crédit qu'ils avaient à la cour pour prêcher pendant le carême au Louvre, et parce que le Père Adam aurait dû être condamné à un silence perpétuel, si on lui eût fait justice pour tous les excès par lesquels il avait déshonoré le ministère évangélique, il n'en parut pas moins propre à sa compagnie pour se produire devant le roi en qualité de prédicateur pendant ce saint temps du carême. Aussi il n'oublia rien pour justifier le choix que ces Pères avaient
fait de sa personne ; car il fît de continuelles invectives contre les disciples de saint Augustin sous le nom de jansénistes, pour porter le roi et toute la cour à les exterminer. Et quoique la plupart de ses prédications fussent pleines ou d'erreurs, ou d'hérésies, ou d'impertinences, il avait néanmoins l'avantage de recevoir les applaudissements de la cour et d'être écouté avec admiration. Tous les autres jésuites qui occupaient en ce temps-là les autres chaires de Paris épuisaient leur rhétorique envenimée en de semblables invectives, et tâchaient de rendre odieux aux magistrats et au peuple des prêtres très innocents et très orthodoxes que leur confrère décriait comme des ennemis de l'Église et de l'État devant le roi et tous les grands de sa cour.
Le vendredi de la troisième semaine de carême, ce Père prêchant au Louvre en présence du roi et de la reine, dit nettement qu'il n'y avait point de grâce victorieuse, et que la volonté était maîtresse de la grâce. Et comme il avait dessein de faire de ce sentiment de Molina une décision de ce qu'il fallait croire de ce mystère, en parlant par occasion de saint Augustin il se servit plusieurs fois de ces paroles : Votre saint Augustin que vous vantez tant.
M. Barbereau, qui avait opiné en faveur de M. Arnauld dans les délibérations de la Faculté, et qui avait acquis dès ce temps-là beaucoup de réputation dans Paris à cause de ses prédications, avait été choisi cette année par M. l'évêque de Beauvais pour prêcher la carême dans son église cathédrale. Lorsque M. Chaillou, doyen de la même église, apprit le choix que ce prélat avait fait de ce docteur pour cette fonction, il se déclara hautement contre, et dit qu'il trouverait bien le moyen de l'empêcher. On ne vit néanmoins aucun effet de cette menace, et M. Barbereau prêcha avec édification et reçut de son auditoire de grands applaudissements.
La publication du jubilé s'étant faite vers la fin du carême, et M. de Beauvais en ayant envoyé la bulle au chapitre par un de ses grands vicaires, ces chanoines, qui ne cherchaient qu'à chicaner, envoyèrent en diligence, mais à petit bruit, en Sorbonne, pour savoir si cette bulle était recevable en cette manière, n'étant pas adressée directement à l'évêque. 11 y a grande apparence qu'ils n'en eurent pas une réponse conforme à leur mauvaise volonté, et la publication