LIVRE XIV
s'en fît à l'ordinaire dans toutes les paroisses du diocèse. M. Barbereau ayant eu charge de M. de Beauvais d'y exhorter ses auditeurs pour en recueillir le fruit, et de leur recommander particulièrement de faire leurs prières pour la sacrée personne de Sa Majesté, s'étendit sur cette matière, et dans la chaleur de son zèle oublia de parler du pape, parce qu'il ne publiait pas le mandement de M. de Beauvais où cela était exprimé, et qu'il devait être lu plus amplement aux prônes des messes paroissiales. Cette omission, quoique faite sans affectation, irrita tellement M. Tiersonnier, le plus ancien chanoine de ce chapitre, que dès que M. Barbereau eut cessé de parler, il dit à ceux qui sortaient avec lui qu'il voyait bien qu'on ne voulait plus de pape ; que saint Augustin néanmoins en avait reconnu un, et autres belles choses de cette nature sans raison et sans fondement, n'y ayant rien de plus injuste que d'accuser des personnes de ne vouloir plus de pape lorsqu'ils font afficher à la porte de toutes les églises en grands caractères : Jubilé accordé par Notre Saint Père le Pape. Mais ceux qui ont la jaunisse dans les yeux ne voient rien que de jaune dans tous les objets, et ceux qui ont de la haine et de l'animosité dans le cœur ne se figurent rien que de juste dans les soupçons les plus déraisonnables.
M. Chaillou fut plus équitable en une chose ; car ayant nommé, suivant l'usage ordinaire, le jour du Vendredi saint, des confesseurs pour entendre les confessions des chanoines et des suppôts du chapitre, dans la liste qu'il en fît lire à l'assemblée capitulaire, il y comprit MM. Tristan et Hermant, sans s'arrêter à ce qui venait de se passer en Sorbonne. Mais il arriva par une étrange bizarrerie que M. l'évêque de Beauvais ayant fait proposer au chapitre M. Hermant pour prêcher dans la cathédrale le jour de Quasimodo, les sieurs de NuUy et Godefroy voulurent le rendre suspect à cause qu'il n'avait pas souscrit la censure de M. Arnauld, dirent qu'ils s'opposaient à cette nomination, et demandèrent acte de la protestation qu'ils faisaient que cette nomination n'apportât à la compagnie ni préjudice ni conséquence. Néanmoins dans le chapitre suivant, M. Georges de NuUy dit qu'il se désistait de son opposition, et dit sur la fîn de l'assemblée qu'il ne voulait pas faire le fou pour la compagnie. La prédication se fit par M. Hermant, et il en reçut
MEMOIRES DE GODEFBOl HERMANT
même des témoignages d'une satisfaction extraordinaire de la part de quelques-uns de ses confrères qui faisaient paraître en toutes rencontres une plus grande chaleur sur le sujet des contestations du temps.