CHAPITRE Vil
Conversion d'un préaident de la cour des aides à Libourne. Bulle portée en procession à Poitiers. M. Amyot présente un mémoire à la reine pour faire transférer M.Duhamel de Bellesme à Quimper. Les Jésuites publient V Apologie des Casuisies.
M. Minard, curé de Libourne, reçut en ce temps là une grande protection de Dieu, dont il fit part à M. Taignier par une lettre qu'il lui écrivit le 1^'jour de décembre. Entre ceux qui étaient les plus acharnés contre lui, M. de Maribon, président de la cour des aides, l'avait jusque là poussé à bout de toutes ses forces. Il tomba malade dangereusement sur la fin de cet hiver. Dieu ayant touché son cœur en ce temps là d'un vif et puissant remords, il envoya le 21 novembre son confesseur vers le curé pour lui demander pardon. Ce pasteur n'ayant pas difl'éré d'un seul moment de l'aller voir, le malade l'embrassa, le pria la larme à l'œil de lui pardonner, et de lui apporter lui-même le saint sacrement pour le recevoir de sa main comme la marque d'une parfaite réconciliation. Le curé lui accorda sa demande, et
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dans le temps qu'il lui allait administrer le saint viatique, qui est la plus grande et la plus solide consolation des mourants quand ils le reçoivent avec de dignes dispositions, il s'approcha de son lit pour l'exhorter à recevoir son Dieu avec charité. Le président, à la vue de plusieurs personnes que la dévotion avait attirées pour accompagner le saint sacrement, embrassa tout de nouveau ce pasteur, le baisa et lui demanda pardon, en versant une abondance de larmes qui excitèrent celles du curé et de la plupart des assistants; de sorte que cette communion se fit parmi les pleurs et fut attribuée à une conversion miraculeuse. Et depuis ce temps là, ce magistrat devint, de persécuteur qu'il était de son curé, son meilleur et son plus parfait ami, publiant ses louanges et relevant son mérite en toutes sortes de rencontres.
Le sieur Filleau triomphait alors dans Poitiers, et comme il dominait dans son Université, il voulut faire souscrire la nouvelle bulle d'Alexandre VII avec une pompe extraordinaire, la faisant porter en procession le jour de saint Nicolas. Ceux qui connaissaient le fond de son cœur regardaient cette cérémonie comme le commencement d'une grande persécution, puisqu'elle devait finir par la souscription du formulaire des évéques, qui n'était pas au goût de tous les suppôts de cette université.
Le 4 de décembre, M. Amyot, l'un des curés de Saint- Merry, qui venait d'enlever la maison de M. Duhamel, son confrère, ne le pouvant souffrir à Bellesme parce que cette ville lui paraissait un lieu trop doux et trop agréable pour un exil, eut une audience de la reine au Louvre, dans son cabinet, [dans laquelle, il traita M. Duhamel] de séditieux et de mauvais serviteur du roi. Sa Majesté se défendit d'abord de cette nouvelle importunité, et rejeta deux fois le mémoire que M. de Ventadour, chanoine de Notre Dame^ lui présenta, en lui disant qu'elle ne voulait plus entendre parler de ces sortes d 'affaires, et qu'elle en avait la tête rompue, et qu'elle n'entendait pas l'Écriture sainte hors le sermon. Mais la passion de M. Amyot contre son confrère était trop grande pour céder à ce rebut. Il crut devoir poursuivre sa pointe, et que cette manière d'agir si ferme et si persévérante était celle que l'on devait tenir lorsque l'on agit avec les grands afin de ne pas échouer dans les