‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 371 sur 412 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

audiences qu'ils ont accordées, et dont les occasions ne se présentent pas tous les jours. Il présenta à Sa Majesté une lettre écrite de Bellesme, et qui portait que M. Duhamel, s'étant rendu par ses artifices maître des principaux de la province, troublait et renversait entièrement la ville où on l'avait relégué. M. d'Amiens vint au secours de M. Amyot et dit à la reine qu'elle devait redoubler son zèle contre les jansénistes, et ce discours fît une si forte impression sur l'esprit de Sa Majesté que nous en verrons bientôt les effets. M. l'archevêque d'Embrun, qui était présent à cette audience, le rapporta ainsi en ce temps-là dans une compagnie où était M. du Faur, théologal de Die.

Cependant on persécutait toujours les bons ecclésiatiques d'Évreux, et M. Le Métayer mandait le 12 de ce mois à M. Taignier que M. le chancelier avait écrit à M. l'évêque d'Évreux pour l'exhorter à l'aire souscrire le formulaire par les ecclésiastiques de son diocèse; mais qu'il croyait que ce bruit était un épouvantail pour les faire signer aveuglément. 11 ajoutait que la soarce de cette persécution venait de M. Bécasse, que cet évêque craignait et n'osait choquer à cause de son secrétariat; que M. Bécasse était muet pour les intérêts de l'Église et souffrait impunément des monopoles que le Parlement de Normandie avait condamnés, qu'il aimait mieux laisser sans exécution un arrêt si saint que de manquer au dessein qu'il avait de pousser à bout les meilleurs et les plus célèbres curés du diocèse; que le remède à ceci serait d'engager quelque personne à poursuivre chaudement l'exécution de cet arrêt touchant les lettres d'or et les autres abus du secrétariat. Que comme M, d'Évreux ne craindrait plus rien de la part de M. Bécasse, qu'il appréhendait seulement sur cette matière et sur les réparations de ses maisons épiscopales, il écouterait plus froidement les poursuites, et que peut-être cette diversion l'obligerait de faire quelque voyage à Rouen, pendant lequel son ardeur se ralentirait peu à peu, et il donnerait quelque relâche aux disciples de saint Augustin.

Vers le milieu de ce mois, les Jésuites, dont l'insolence croissait de jour en jour, publièrent un libelle comme le couronnement de tous les autres excès, et auquel ils avaient donné ce titre : Apologie pour les casuistes contre les calomnies des Jansénistes^ par un théologien et professeur en droit

canon. Et quoique M. le chancelier leur en eût refusé le privilège, parce qu'il savait que c'était la plus faible et la moins raisonnable aussi bien que la plus téméraire de toutes les pièces qu'ils eussent jamais mises au jour, ils ne laissèrent pas de la répandre de toutes parts avec la permission secrète de ce chef de la justice et du cardinal Mazarin.

Ceux qui se souvenaient qu'ils avaient désavoué en 1643 les sentiments qu'on leur avait attribués dans l'extrait de leur théologie morale, et que les Pères Caussin, Annat et Pinthereau avaient fait des livres exprès pour accuser d'imposture ceux qui leur reprochaient ces erreurs, ne pouvaient comprendre avec quel front ils entreprenaient de soutenir ce qu'ils avaient nié si hautement, et ajoutaient encore d'autres maximes plus pernicieuses à celles qu'on n'avait pu lire sans détestation et sans horreur. Le seul principe de la probabilité que cetauteurvoulaitétablirrenfermaittoutes les erreurs imaginables. Cependant ils ne laissaient pas de faire passer ce dernier excès comme un ouvrage nécessaire à tout le monde. Car ils disaient que les Petites Lettres n'en" voulaient pas seulement à la doctrine des théologiens de leur société, mais que toute l'Église était attaquée par ces scandaleuses satires^ que le pape, les évêques, tout le clergé, et particulièrement tous les théologiens et canonistes, y étaient outrageusement traités, et qu'il n'y avait point de condition dansl'État séculier, depuis les rois jusqu'aux derniers du peuple, que ces lettres nejetassent dans des embarras de conscience qui seraient capables d'envelopper dans le désespoir ceux qui voudraient quitter la théologie des docteurs catholiques pour se conduire par les pernicieuses maximes du Port-Royal.

L'auteur donnait ensuite de grands éloges à M. Bail, le louant d'avoir heureusement prévenu, dans son livre De Iriplici examine^ une grande partie des objections que l'on faisait dans ces lettres, et qu'il était certain qu'il avait si hien établi les vérités contraires à ces objections, qu'il ne faudrait que traduire son livre en français pour faire voir au peuple que la morale des casuistes récents et des Jésuites n'est autre que celle des Pères de l'Église et des anciens docteurs de la Faculté de Paris. Il témoignait du regret de ce que ce judicieux et zélé docteur n-'avait pas répondu luimême aux Petites Lettres comme il l'avait souhaité pour

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