‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 373 sur 412 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Préliminaires delà déclaralioa du roi pendant le n et le 18 décenabre {sic).

M. le chancelier ayant dressé la déclaration selon le gré de la cour, M. l'archevêque de Toulouse et quelques autres évêques qui étaient alors à Paris firent tous leurs efforts auprès de lui pour faire ôter de cette déclaration ou des lettres d'attache les mots qui concernaient la nouvelle juridiction que l'Assemblée du clergé avait arrêté qu'on demanderait au roi pour les archevêques et évoques, touchant les appellations comme d'abus que l'on pourrait interjeter en conséquence de la bulle du pape Alexandre VII, et des jugements des ordinaires. Mais M. le chancelier leur répondit qu'il ne pouvait pas changer ces lettres si M. le cardinal ne le lui ordonnait; ce qui les ayant obligés de négocier avec Son Éminence pour en obtenir le retranchement

1. Georges Pirot, jésuite, 1599-1669. 11 s'est déshonoré en publiant cette fameuse Apologie des casuisles.

de ces mots, ils n'en purent venir à bout. Car ce premier ministre leur répondit nettement que les avocats lui avaient conseillé d'y mettre ces mots, nonobstant tout ce qu'on lui pouvait dire au contraire, et qu'il n'en serait autre chose. Il leur en fallut demeurer là, quoiqu'ils lui eussent représenté que ces mots étaient contre l'arrêté de la dernière Assemblée.

Ce premier ministre agissait si souverainement en cette affaire que pour ne point accorder à M. le chancelier la liberté de dire ce qu'il voudrait le jour de la vérification de la bulle, il lui envoya les points que sa harangue devait conlenir,avec ordre de ne rien dire autre chose que ce qui était dans le mémoire qu'il lui envoyait. Un ordre si imprévu ne fut pas une petite mortification pour le premier magistrat du royaume, qui par ce moyen se vit obligé à refaire une nouvelle harangue.

Ce jour-là même on arrêta dans le conseil du roi d'envoyer une lettre de cachet à M. Talon pour lui donner ordre de ne point parler le jour que le roi irait au Parlement, parce que la vigueur avec laquelle il avait parlé dans la dernière mercuriale était suspecte à la cour. En effet cette lettre de cachet fut expédiée à l'instant même, mais comme ce procédé était un peu extraordinaire, il fut résolu que M. Le Tellier verrait auparavant cet avocat général du Parlement pour savoir de lui en quelle disposition il était sur le fait des jansénistes, et que, s'il ne pouvait le réduire à lui montrer sa harangue, il lui enverrait une lettre de cachet du roi.

Le mardi 19 du même mois, M. Le Tellier étant allé voir M. Talon, trouva en lui toute la complaisance qu'il en pouvait souhaiter, car non seulement il consentit de prendre des mesures avec lui, mais il lui donna même sa harangue pour la porter à M. le cardinal Mazarin, qui la corrigea de sa propre main, de sorte que la lettre de cachet fut supprimée. Ceux qui avaient quelque intelligence des affaires domestiques de M. Talon et de ses intérêts personnels ne furent pas tout à fait surpris de cette manière d'agir si opposée à ce que la plupart du monde attendait de lui. Car ayant eu la pensée d'un mariage qui ne lui avait pas réussi par l'éloignement qu'avait de cet état' la demoiselle qu'il

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