‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 374 sur 412 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

voulait épouser, et qui depuis se fit elFectivement religieuse à Port-Royal, il était entièrement mal satisfait de ses directeurs, quoiqu'ils n'eussent aucune part dans cette affaire.

On apprit ce jour là même la nouvelle de la lettre de cachet qui avait été envoyée à M. Duhamel à Bellesme pour le transférer à Quimper; et M. de Chevesailles fut celui qui en instruisit les amis particuliers de ce curé de Saint Merry, M. le président de Blancmesnil, qui était de ce nombre, aussi bien que M. Singlin et M, de Rebours furent d'avis de ne rien précipiter dans la délibération de ce voyage de Quimper; mais d'attendre un temps plus favorable pour changer l'ordre que M. Duhamel avait reçu de se rendre dans cette extrémité de la Bretagne. Car il n'y avait guère d'apparence d'aller demander des adoucissements en faveur de ce curé au roi, à la reine sa mère et à M. le cardinal. Mazarin, lorsque l'on était à la veille de porter au Parlement une déclaration que l'on disait devoir être l'entière destruction des disciples de saint Augustin. Cet avis empêcha toutes les négociations que mesdames de Novion *, Fabert* et Lambert' voulaient entreprendre en faveur de leur pasteur, qui ne pouvait aller à Quimper sans se mettre absolument à la discrétion des Jésuites cruellement acharnés contre lui, et dont le crédit gouvernait absolument cette ville maritime {sic) ; et parce que les choses que l'on ne voit que de loin ne paraissent pas ce qu'elles sont en ellesmêmes, on fut d'avis d'envoyer à M. Duhamel MM. Thaumas et Chanlatte *, pour lui expliquer plus dans le détail les motifs qu'on avait eus d'agir de la sorte, et pour l'assister de leurs conseils dans cette fâcheuse nécessité.

Quelque prévenue que fût la reine contre les disciples de saint Augustin, elle ne laissait pas d'avoir pour eux, et pour les personnes d'entre eux qu'elle voulait ménager par une secrète et particulière inclination, beaucoup de considéra-

1. Catherine Gaillard de Courances, femme de Nicolas Potier de Novion qui fat premier président du Parlement en 1678.

2. Claude Richard de Clévaat, femme d'Abraham de Fabert, maréchal de France.

3. Marguerite d'Allory, femme de Louis Lambert, conseiller et maître d'hôtel ordinaire du roi.

4. Nicolas Chanlatte, échevin de Paris, et l'un des directeurs de la C'8 des Indes Orientales, était oncle de Louis de Saint-Amour, et grand ami de Duhamel. Il mourut en 1675.

tion, qui la portait non seulement à n'exercer contre eux nulle violence, mais à empêcher même celles que leurs ennemis leur voulaient faire souiïrir. Nous venons de rapporter l'entretien qu'elle avait eu avec le Père Senaultdans l'abbaye du Val-de-Grâce, et les témoignages qu'elle lui avait rendus de la satisfaction qu'elle avait de la conduite de sa congrégation. Ceux qui voulaient cribler toutes les communautés et pousser les choses jusqu'aux plus grandes extrémités où elles pouvaient aller se plaignirent en présence de la reine de la signature que les prêtres de l'Oratoire avaient donnée sur le sujet des contestations présentes, parceque le formulaire qu'ils avaient souscrit ne faisait nulle mention de Jansénius en particulier, et ils tiraient avantage de ce silence, qu'ils condamnaient d'une secrète afFec- Hation, concluant de là que ces Pères étaient jansénistes. Mais Sa Majesté, prenant la parole en leur faveur, répondit qu'elle était assurée qu'ils ne l'étaient point, et qu'elle était satisfaite de la manière dont ils avaient signé ces deux bulles. Ce fut pour eux une justification passagère, et qui ne les garantit pas longtemps de l'animosité de leurs ennemis. Car ces formulaires anticipés que la politique dicte quelquefois aux personnes faibles et timides sont d'assez inutiles rafraîchissements ; et quand ils seraient aussi recevables devant Dieu qu'ils ont quelque effet devant les hommes par la considération du crédit que l'on peut avoir auprès d'eux, il faut enfin tôt ou tard céder au torrent lorsqu'on n'y résiste que par des vues humaines, et non par l'amour et par la force de la vérité, qui tôt ou tard se voit enfin victorieuse.

Page 1