‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 377 sur 412 · LIVRE xvin · texte numérisé non relu

LIVRE xvin

contraire. D'ailleurs, que dans les questions de fait, une cliose peut être condamnée d'abord et justifiée ensuite, comme il est arrivé à l'égard du pape Honorius, qui a été condamné comme hérétique par un concile universel, quoique quelques auteurs modernes l'excusent présentement en disant qu'on n'avait pas bien entendu ses paroles. Qu'il ne voulait pas par là blesser le Saint Siège, sachant bien l'honneur qu'on lui devait rendre. Que les bulles des papes sont diversement reçues en France : si elles sont entièrement favorables, on les reçoit entièrement; si elles ne sont favorables qu'en partie, on ne laisse pas de les recevoir sans recevoir pour cela ce qui leur est contraire; si elles sont contraires à l'État, aux libertés de l'Église Gallicane, etc., on les rejette tout à fait. Enfin qu'en France c'est la coutume de ne recevoir pour article de foi que ce qui est déterminé par le concile universel ; qu'on y a appelé en plusieurs rencontres ; que les rois prédécesseurs de Sa Majesté s'en sont bien trouvés, que c'a été un remède en plusieurs occasions. Que néanmoins, ce que le pape détermine dans un concile ou dans l'assemblée des cardinaux qui dans ces derniers temps représente le concile romain et qui y a succédé, doit au moins être reçu avec respect, et comme a dit un docteur célèbre de Paris, doit passer pour un décret provisionnel. Que pour bien entendre l'affaire dont il était question, il fallait la reprendre dès son origine et dire comme elle s'était passée, que ces questions étant nées dans les écoles par la subtilité de quelques esprits, elle avait passé plus loin et excité du tumulte; que quelques évêques s'en étaient mis en peine, que les autres étaient demeurés dans le silence, et que tous enfin, par un accord faitentre eux, en avaientdéféré le jugement au pape, à qui d'ailleurs cette connaissance appartenait par droit de dévolution, les évêques qui en pouvaient connaître en première instance ayant trop différé à le faire. D'ailleurs, les évoques n'ayant pu faire de conciles et le roi n'ayant pas jugé à propos qu'ils en fissent, le pape donc à l'instance de Sa Majesté, à la prière des évêques, après avoir ouï les parties, avait fait cette constitution que Sa Majesté venait faire recevoir, sans préjudice des lois de l'État, des libertés de l'Église gallicane, ni des privilèges de la cour ; que Sa Majesté n'avait pas dessein par là d'établir l'Inquisition en France, comme on avait voulu faire

croire par des écrits séditieux répandus daus le public ; que sa justice n'avait garde d'imposer à ses sujets un joug qui nous faisait horreur dans nos voisins, et que nos pères n'ont pu souffrir ; et que, quoiqu'il y eût dans cette constitution des termes de cette nature, ce n'était que pour les pays où elle était établie et reçue.

Qu'il était vrai que cette constitution n'avait pas toutes les formes, mais que cela n'importait pas; que quand le roi s'accordait et s'unissait avec le pape, cela suffisait et suppléait à toutes les formes qui manquaient; que l'on savait le pouvoir des empereurs dans les conciles et dans les affaires de l'Église; que les rois de France succédaient à ces droits dans leurs royaumes ; que le roi était dans son état ce qu'était Constantin dans l'Empire, que les auteurs de son temps en disaient être l'évéque ; que c'était un droit qui avait toujours été attaché aux princes; que quand Marcien* avait ordonné quelque chose touchant la religion, tout l'empire y obéit aussitôt.

Que s'il fallait ne se rendre qu'à la détermination d'un concile, on ne verrait jamais la fin du tumulte et de la division. Carie moyen d'assembler présentement un concile? Les intérêts des princes ne [le] souffrent pas. Que si on voulait lever tant d'obstacles, ce ne serait jamais fait. Il faut obéir et recevoir la constitution.

Il est dit dans l'Ecriture d'Antiochus, que toutes les parties de son État étant en trouble, elles se réunirent et se calmèrent aussitôt qu'il se fut rendu au milieu de son empire. Il arrivera la même chose. Le roi séant aujourd'hui dans son lit de justice, etc. II apaisera toute la tempête qui s'est élevée, il rendra la paix, et tout le monde se mettra dans la quiétude. Il ne faut pas éluder, à l'exemple des hérétiques, ce qui est fait, par des fuites et de nouvelles professions de foi, des explications étudiées, ni avoir recours à des interprétations. Sa Majesté veut étouffer toutes les questions qui ont pris naissance dans les écoles et qu'on a défendues avec un amour opiniâtre de ses propres sentiments; la vanité a emporté les esprits ; on les a fait passer dans les chaires, on les a rendus publics en les répandant dans le public et jusque dans les ruelles des femmes par des traductions des

1. On lit au ms. Adrien; une note marginale a corrigé la faute; il s'agit de l'empereur d'Orient Marcieu, mort eu 457.

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