‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 39 sur 412 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Disposition de Rome à l'égard de M. Arnauld.

Pendant ce temps là, on faisait de grandes instances à Rome pour faire approuver par le saint siège la censure de la Faculté contre M. Arnauld. Mais quoique le pape fût très mal disposé contre ceux que l'on appelait jansénistes, et qu'il lui vînt de toutes parts des lettres pour les décrier, néanmoins le cardinal Fiorenzola lui en ayant parlé avec beaucoup de force, Sa Sainteté lui dit fort doucement qu'il ne confirmerait point ce qu'avait fait la Faculté de Paris.

Le sieur Cosimo Brunetti, nouvellement revenu de France et de plusieurs autres voyages, avait eu un long entretien avec le pape dès le 27 novembre 1655, et avait reconnu en lui autant d'aversion pour les disciples de saint Augustin que d'inclination et d'estime pour les Jésuites. Comme il savait que le sieur Hilarion, abbé de Sainte-Croix de Jérusalem, était en grande réputation de doctrine dans la cour de Rome, et que M. le cardinal Barberin entre autres le regardait comme l'un des premiers hommes du monde, M. Brunetti tâcha de savoir ses sentiments sur ces matières. Ce Père lui dit le 27 janvier 1656 qu'il ne faudrait plus parler des propositions condamnées, si elles sont ou ne sont pas de Jansénius, par ce qu'en effet elles sont dans son livre, et que c'est se moquer que de dire le contraire; qu'il n'avait pas été d'avis qu'on les dût condamner, et que son sentiment était qu'il eût fallu en expliquer le sens; qu'il faudra que le pape les explique, et qu'en les expliquant on fera voir qu'elles sont condamnées dans le sens de Jansénius; que Jansénius ayant écrit que la grâce efficace par elle-même est nécessaire à toutes les actions de piété^ il semble qu'il est entré dans les sentiments de Luther et de Calvin, qui détruisent le libre arbitre, cette parole « nécessaire pour faire » enfermant une exclusion absolue de faire, ce qui est faux ;

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